15 avril 2012
Eloge de la lenteur
Observons un enfant totalement absorbé dans son travail : il est calme, imperturbable, concentré dans un objectif de maîtrise ou de perfection. Il éduque sa volonté. Sa main travaille à la construction de son intelligence. Il est connecté avec son besoin profond. Ses gestes sont harmonieux, lents, mesurés.
L'enfant n'a pas conscience de ce qu'il construit en lui à ce moment, mais il ressent plaisir, sérénité et apaisement.
Une extraordinaire paix intérieure.
Observons cet enfant, et comprenons ce qu'il nous demande.
Respecter le travail et le rythme de l'enfant, c'est accepter de renoncer à notre ascendance sur lui. C'est abdiquer toute notion de supériorité. Cela ne va pas sans bienveillance, ni sans une immense confiance.
"L'adulte envisage le but extérieur de ses actes ; il a réglé sa vie par une sorte de constitution mentale : il s'agit pour lui d'atteindre au but par l'action la plus directe, c'est-à-dire dans le minimum de temps possible. En voyant les efforts de l'enfant pour exécuter une action souvent inutile ou futile et que l'adulte pourrait accomplir en un instant et avec bien plus de perfection, il est tenté de l'aider, interrompant ainsi un travail qui le gêne.
[...]
Si l'enfant essaye de se coiffer, l'adulte sent sa constitution attaquée ; au lieu d'être saisi d'admiration devant cette tentative, il voit seulement que l'enfant ne se peigne ni bien ni vite, et n'atteindra jamais son but. Alors l'enfant, qui est en train d'accomplir avec délices cet acte constructeur de sa propre personnalité, voit l'adulte, cet être haut comme le plafond, puissant au-delà de toutes limites, contre qui on ne peut lutter, venir à lui, lui enlever le peigne des mains, lui disant qu'il va le coiffer lui-même.
Et il en est de même quand le petit enfant va se donner du mal pour s'habiller ou pour lacer ses souliers. Chaque tentative est brisée. L'adulte est irrité, non seulement parce que l'enfant essaye en vain d'accomplir un geste, mais il est irrité par son rythme, par sa façon de se mouvoir, différente de la sienne.
Or le rythme n'est pas comme une opinion que l'on abandonne quand elle est surannée ou que l'on adopte quand elle est nuovelle : le rythme fait partie intégrale de l'individu ; c'est un caractère qui lui est propre, au même titre que la forme de son corps. Si le rythme est en harmonie avec le corps, l'individu ne peut en changer sans souffrance."
Maria Montessori, L'enfant
Le rythme est constitutif de l'individu.
La lenteur est donc relative.
Nous, adultes, effectuons souvent nos tâches mécaniquement, dans un souci d'efficacité et sans plaisir.
Or c'est en étant, au contraire, pleinement connectés au présent, en agissant en conscience, que nous pouvons
(re)trouver le rythme qui nous harmonise.
"Ce n'est pas le futur qu'il faut redouter, mais l'instant qu'on laisse fuir dans le présent.
Il suffit pour cela de développer sa faculté d'attention et de rejeter toute pensée parasite. L'activité du moment doit être la seule qui compte. Agissez lentement en vous concentrant sur "ici" et "maintenant". Etre capable de changer la qualité d'un moment est un des dons les plus précieux. De même que chacune de nos cellules contient les gênes de toutes les autres, un moment est le reflet de tous les autres moments."
Dominique Loreau, L'art de la simplicité
Agir en conscience, nous connecter à nos sensations, c'est ressentir le poids du pichet, le froid de la porcelaine et la cassure du poignet lorsque nous versons, la densité du fruit que nous coupons, la porosité de l'éponge que nous essorons, la résistance du tube que nous pressons...
Lorsqu'un enfant nous observe, mais aussi pour nous-mêmes, mesurons nos gestes, vivons-les pleinement. La lenteur, c'est-à-dire le juste rythme, s'incarnera dans nos mains.
6 avril 2011
Les mots magiques
La plupart des adultes attendent des enfants, même très jeunes, qu'ils soient polis (policés ?). Il faut voir avec quelle insistance, parfois, ils réclament ces petits mots "magiques" : bonjour, au revoir, s'il te plait, merci...
Cela me met toujours mal à l'aise, car j'imagine ce qu'un enfant doit ressentir, contraint à les "sortir de lui", sous cette pression de regards de surcroît.
Il peut être intimidé, réellement bloqué, effrayé, se sentir humilié, nié dans sa sensibilité, violé dans son droit à disposer de sa parole...
Enfin, je ne sais pas pour vous, mais moi je suis bien plus touchée par le regard et le sourire reconnaissants d'un enfant que par un "merci" contraint, vide de sens pour lui...
La politesse est un code social, sans lien direct avec nos sentiments ou pensées (en tout cas pas obligatoirement).
Or, c'est vers l'âge de 6 ans que le sens social apparait et se développe chez l'enfant. Il a alors naturellement envie de se conformer aux normes et aux codes de la société dans laquelle il évolue, et de les intégrer dans son comportement.
Cette évolution va de pair avec sa sensibilité croissante pour les sentiments d'autrui et son besoin d'être accepté au sein du groupe.
Avant 6 ans, l'enfant est égocentré. Exiger de lui des marques de politesse, c'est lui demander de mobiliser son énergie et son cerveau pour autre chose que sa découverte du monde et de lui-même (ce que lui dicte son "programme interne").
Chaque chose en son temps...
Nous le savons, l'enfant absorbe tout de son milieu et agit en grande partie par mimétisme.
Il parait donc judicieux d'être particulièrement vigilant à notre propre rapport à la politesse, en particulier au sein de notre foyer. Se montrer poli - en toutes circonstances - envers son conjoint et ses enfants (ce dès la naissance !), est à la base de cet apprentissage.
Quand je vois Alexandre gratifier l'assemblée d'un "auvoir toumonde !", avec un grand sourire radieux, lorsqu'il va se coucher, je me dis qu'un enfant est naturellement fier de comprendre et de reproduire ce que font les adultes, à partir du moment où il n'y est pas contraint.
Au quotidien, je n'exige pas d'Emma qu'elle soit polie.
En revanche (car je fais une distinction fondamentale entre politesse et respect) il est impensable pour moi de répondre favorablement aux injonctions du style "J'ai soif !" ou "Encore des pâtes !". Dans ces cas-là, je lui demande de reformuler : "Comment dois-tu demander ?" Si elle n'y parvient pas, je le fais pour elle : "Maman, j'aimerais de l'eau s'il te plait". Etant entendu qu'un "J'aimerais de l'eau" me convient, le "s'il te plait" est pour moi optionnel.
Ces derniers temps, je constate qu'elle dit de plus en plus spontanément "merci", mais uniquement lorsqu'une attention la transporte réellement de joie.
Il me semble qu'il faut faire très attention, également, aux termes que nous employons. Un enfant qui dit "bonjour" ou "merci" n'est pas gentil, il est poli. Et un enfant qui ne le fait pas... n'est pas méchant.
Lorsque nous nous promenons dans notre petit village, je salue les gens que nous croisons. Il arrive qu'Emma me demande : "Pourquoi tu as dit 'bonjour' au monsieur ?". Et je lui réponds simplement : "Parce que c'est poli".
Comme souvent, je trouve que le principal problème avec cette histoire de politesse, c'est le regard des autres.
Il se trouve qu'Emma est une petite fille qui a besoin de temps pour se sentir à l'aise et en confiance. Ma technique pour ne pas passer pour "la mère indigne aux enfants mal élevés" (auprès des commerçants de mon village notamment...), c'est de formuler pour elle (si elle ne le fait pas spontanément, ce qui est presque toujours le cas) le "bonjour madame", ou le "au revoir monsieur" tant attendus. J'ajoute un petit regard complice à l'intention de l'adulte demandeur, et l'honneur est sauf !
Merci de m'avoir lue. ;-)
2 février 2011
Les émotions
En tant que parents, nous avons un rôle important à jouer dans l'accompagnement de nos enfants au long de cet apprentissage : nous pouvons les aider à vivre en paix avec leurs émotions, c'est-à-dire en harmonie avec eux-mêmes.
Sur ce sujet, il est un ouvrage que tout éducateur devrait avoir lu à mon sens, tant il est accessible et aidant, concrètement :

Extraits :
"L'enfant est une personne. L'émotion est au coeur de l'individu, c'est l'expression de sa Vie. Savoir l'écouter, la respecter, c'est écouter sa personne, la respecter.
Les parents sont souvent démunis devant l'intensité des affects de leurs enfants, ils cherchent volontiers à les calmer, à faire taire les cris, les larmes, l'expression de l'émoi. Or, l'émotion a un sens, une intention. Elle est guérissante. Les décharges émotionnelles sont le moyen de se libérer des conséquences d'expériences douloureuses. Au contraire, [...] la répression des émotions est nocive. Elle nous entraîne dans toutes sortes de processus défensifs, de répétitions douloureuses, de compulsions et de symptômes physiques.
Il est urgent d'apprendre à identifier, à nommer, à comprendre, à exprimer, à utiliser positivement les émotions, sous peine d'en devenir esclaves, pour le bonheur de nos enfants et des adultes qu'ils deviendront."
"Sentiments agréables ou non, pensées agréables ou non, comportements adaptés ou non, reconnaître ses émotions, c'est s'accepter comme on est, c'est construire la confiance en soi.
La conscience de soi se construit au fur et à mesure des expériences et pour autant que les émotions soient entendues, approuvées et parlées. Au contraire, quand l'environnement (parents, enseignants...) nie systématiquement les sentiments, refuse d'entendre, ridiculise les émotions... l'enfant en arrive à penser que ce qu'il ressent, pense et fait n'est pas conforme à ce que ses parents attendent.
[...]
Nous avons tous des émotions. Et nous ressentons tous les mêmes émotions dans les mêmes circonstances. Tous les humains sont physiologiquement semblables. Nous nous sommes tous un jour sentis tristes, las, effarés, terrifiés, furieux, haineux, coupables, honteux, exclus, jaloux, envieux, soulagés, ou heureux... Mais comme personne ne parle jamais de ses sentiments profonds, chacun se sent seul à vivre ce qu'il vit.
[...]
On croit souvent que la répression des pulsions sert la vie en collectivité et que, si tout le monde "s'écoutait", on ne pourrait plus vivre ensemble. Regardons la réalité, le taux actuel de violence nous montre que la route de la répression n'est pas la bonne. Le déni, la non-prise en compte, la non-écoute des émotions, ne font que les enfermer dans une Cocotte-Minute. Quand les soupapes deviennent insuffisantes, le couvercle saute.
[...]
En reconnaissant en soi ses affects, en les acceptant, en apprenant à les tolérer sans avoir peur d'être détruit par eux, en mettant des mots dessus, on peut demeurer conscient de la totalité de soi sans avoir à les vivre en actes.
Il est important de montrer à l'enfant que la reconnaissance et l'expression verbale de ses impulsions les plus violentes ne détruisent ni la relation, ni la personne."
Je pense que je reparlerai de ce sujet des émotions, il y aurait tant à dire !
Pour ma très sensible petite puce, qui est capable de pleurer à chaudes larmes en écoutant "Ne pleure pas Jeannette" ou "A la volette" (parce que le petit oiseau s'est blessé...), j'ai fabriqué un jeu qui consiste à placer des visages humains exprimant des émotions sur les "cartes-smileys" correspondantes :


C'est un exercice difficile (même mon homme, que j'aime prendre comme cobaye pour tester mes activités, a hésité à plusieurs reprises), et Emma n'est pour l'instant jamais allée jusqu'au bout.
Cela n'a aucune importance car, bien au-delà d'un simple jeu de classement, l'objectif est ici de libérer la parole :
- "Pourquoi il est triste le petit garçon, maman ?"
- "A ton avis, pourquoi, ma puce ?"
- "... Parce que sa copine est malade..." (sic)
- "Et pourquoi elle est en colère cette dame ?"
- "A ton avis ?"
- "Parce que son petit frère l'a tapée !" (re-sic)
Poser des mots, toujours...
24 janvier 2011
Dans le calme
C'est arrivé "bêtement", au détour d'une situation banale.
J'avais envie d'une bonne douche, pour me détendre et me vider la tête. Et j'avais surtout besoin d'être parfaitement tranquille pendant quelques minutes. Mais, même après mes explications et une longue négociation, ma puce n'a jamais consenti à m'accorder cette petite pause tant espérée. J'ai pris ma douche quand même, en subissant les pleurs et les cris de mon Emma cherchant à me rejoindre sous l'eau. Alors, mes nerfs ont dû lâcher, je me suis mise à hurler. Longtemps... Je ne parvenais plus à m'arrêter. J'étais littéralement "hors de moi", à la fois sidérée par cette violence que je déversais sur mon enfant et soulagée.
Je n'avais rien vu venir, vraiment rien.
Lorsque je me suis calmée, j'ai immédiatement éprouvé une douleur et une culpabilité immenses. Emma avait de la terreur dans les yeux. Je l'ai prise dans mes bras, et nous avons pleuré. Puis je me suis excusée.
J'ai ensuite eu mal au ventre pendant deux jours...
La naissance d'Alexandre a marqué le début d'une des périodes les plus difficiles de ma vie, en terme de fatigue physique et émotionnelle. Je me sentais dépassée, j'étais en proie à des crises de panique lorsque mes deux enfants pleuraient en même temps. Je finissais souvent mes journées comme tétanisée, presque incapable de bouger.
Et je criais, de plus en plus.
A cette époque, je pense être passée très près de ce "burn-out maternel" que Violaine Guéritault décrit admirablement dans son livre La fatigue émotionnelle et physique des mères :

Et puis, progressivement, mon bébé a commencé à trouver son rythme, Emma est allée régulièrement à la garderie... J'ai pris du recul, et commencé un long travail sur moi-même.
Pourquoi je vous raconte tout cela ?
Parce que cette période noire est derrière nous, et que je touche du doigt aujourd'hui mon idéal de vie dans le calme.
Je continue à trouver difficiles mes journées en compagnie des enfants. Simplement parce qu'ils sont... des enfants, par essence exigeants et proches de leurs émotions. Parce qu'ils ont du mal à différer leurs envies et à gérer leur frustration.
Mais, globalement, je me sens forte.
Le chemin pour y parvenir fut long et sinueux, les retours en arrière nombreux. Ma remise en question s'est nourrie de lectures et d'échanges, elle aurait été impossible sans l'aide et le soutien de mes proches, à commencer par ceux de mon homme.
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Les quelques trucs que je pense avoir appris ou compris, les voici :
L'on peut aimer profondément ses enfants et leur faire violence, pourtant.
Parce que nous sommes humains, donc imparfaits, et que nous avons tous un passé qui nous gouverne.
En prendre conscience force beaucoup l'humilité...
La violence est un engrenage.
Les cris appellent les cris.
La nature humaine est ainsi faite que, selon un principe que nous pourrions appeler l'habituation, notre sensibilité à certaines situations ou certains phénomènes s'amenuise lorsque nous sommes en contact prolongé et/ou répété avec eux.
Ainsi la violence, qui dans un premier temps nous révolte et nous alarme, peut finir par nous sembler "normale" si nous la subissons au quotidien.
Il semble que cette spirale de la violence soit en oeuvre dans le processus qui conduit à la maltraitance : les cris, puis les tapes, puis les coups, puis la maltraitance caractérisée (ce qui ne sous-entend pas, évidemment, que tous les parents qui crient finiront maltraitants).
Après tout, il est plus facile d'enfoncer une porte entrouverte qu'une porte fermée...
La colère d'un adulte terrorise un enfant.
Lorsque nous sommes "hors de nous", notre visage, nos gestes, notre corps et son langage se modifient. Toute notre personne devient menace pour l'enfant, qui a une conscience aiguë de notre ascendance physique et psychologique.
Etre témoin de cette terreur dans le regard d'un enfant est un choc violent.
Chercher à combler rapidement les besoins de base de nos enfants est un bon calcul.
Parce qu'un enfant qui a faim, soif, sommeil, besoin de contact ou d'attention va certainement manifester son mal-être de façon bruyante et désordonnée, mettant nos nerfs à rude épreuve.
Comprendre et respecter nos propres besoins est aussi une priorité.
Nous ne sommes plus des enfants, certes, mais nous déconnecter de nos besoins, par abnégation ou simple impression de manquer de temps, est une mauvaise idée.
Notre énergie est précieuse ! Manger et boire lorsque le besoin s'en fait sentir, se reposer suffisamment, sont les moyens les plus efficaces de la préserver.
Quant à notre "réservoir affectif", s'il est vide, nous n'avons plus rien à donner et tout le monde est perdant.
J'attends de mes enfants qu'ils respectent mes besoins, au maximum de leurs capacités. Pour cela, je les leur exprime clairement, en me mettant à leur niveau. J'ai remarqué que plus je me sens légitime à les satisfaire, moins cela pose problème. Certainement parce que les enfants, ressentant notre malaise ou notre culpabilité, cherchent à les comprendre en appuyant "là où ça fait mal"...
Etre honnête et sincère, en premier lieu avec soi-même, est essentiel.
Les limites que je pose à mes enfants ne sont pas arbitraires, mais en rapport direct avec mon ressenti, dans une situation donnée. Elles peuvent donc être fluctuantes. A mes yeux, la cohérence tient toute entière dans la sincérité de ma réponse, à ce moment précis. Par exemple, si je demande que le bruit cesse alors qu'il ne me dérangeait pas 5 minutes auparavant, j'explique simplement que je ne le supporte plus et que c'est comme ça...
Si je n'ai pas envie de jouer, je ne me force pas "parce qu'une bonne maman le ferait". Je propose de reporter ce temps ensemble... et je tiens parole.
Une autre chose que j'ai découverte, c'est à quel point il est important d'être cohérent avec nos ressentis, en particulier au niveau du ton sur lequel nous les exprimons. Auparavant, j'avais tendance à vouloir masquer ma colère (dans un objectif de non-violence) en conservant un timbre de voix égal et doux. Le problème était que, lorsque cette colère devenait trop importante et finissait par sortir, elle paraissait totalement disproportionnée et incohérente.
Aujourd'hui si je suis en colère, je hausse le ton sensiblement, tout de suite. Outre le fait que cela soulage déjà un peu, cela évite le passage sans transition du "parler doux" au hurlement...
Je trouve cette cohérence vraiment beaucoup plus respectueuse de mes enfants et de moi-même.
Avoir besoin d'aide et en demander n'est pas honteux.
C'est même à mes yeux une preuve d'intelligence et de clairvoyance...
Nos états émotionnels sont transitoires.
Voici ce qu'en dit Sarah Napthali dans son ouvrage S'occuper de soi et de ses enfants dans le calme - Bouddhisme pour les mères :

"Je remarque que lorsque je suis au plus bas sur le plan émotionnel, j'ai tendance à avoir une vision totalement négative : tout est terrible, il en a toujours été ainsi et le sera toujours et tout est ma faute - et celle de tous les autres aussi ! Quand je retrouve une humeur plus légère, cela me parait rétrospectivement presque comique, mais sur l'instant, je crois à ces pensées. En mettant l'accent sur l'impermanence, le bouddhisme nous aide dans ces moments-là à reconnaître que cette humeur passera, que nous ne resterons pas longtemps dans cet état et que nous pourrons peut-être nous sentir tout à fait heureux, ne serait-ce que quelques heures plus tard ; nous pouvons supporter cette situation dans l'immédiat et éviter de lui accorder une trop grande importance.
L'enseignement de l'impermanence est un cadeau pour nos enfants aussi, même quand ils sont très jeunes. Nous pouvons nous servir de notre compréhension de l'impermanence pour les aider quand ils viennent de subir des émotions pénibles - nous pouvons leur parler de ce qu'ils ont ressenti, de la transformation, en l'espace de quelques minutes, de cette émotion en une autre. Dès lors, ils apprendront que les zones d'ombre où ils trébuchent n'ont pas de prise durable sur eux."
Nos émotions doivent être écoutées.
Il est bon aussi qu'elles soient exprimées. Pour reprendre l'exemple de la colère, si je la sens monter en moi et que cela est possible, je m'isole et je la laisse sortir, en criant ou en tapant sur des coussins. Il m'arrive aussi régulièrement d'appeler quelqu'un auprès duquel je sais pouvoir trouver une écoute attentive, respectueuse et bienveillante. Parler, quel remède miraculeux !
Ce qui fonctionne également de mieux en mieux pour moi, c'est l'acceptation totale de cet état de colère, que je laisse m'envahir en silence, yeux fermés, en me répétant quelque chose comme "tu as toutes les raisons d'être en colère !" : auto-empathie bienfaisante...
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Hier a été une journée difficile. Alexandre est en adaptation à la garderie et, même si cela se passe bien, cette étape reste un peu difficile à gérer pour lui. Emma était fatiguée mais refusait, comme toujours, de se reposer. J'ai écouté leurs états d'âme du mieux que j'ai pu, exprimé mon ras-le-bol à plusieurs reprises... Une journée difficile, mais je n'ai pas crié : une petite victoire qui vaut tout l'or du monde à mes yeux.
15 décembre 2010
Sans punitions ni récompenses
Dans son livre le concept du continuum, Jean Liedloff écrit qu'un enfant nait naturellement bon, sociable, serviable, et s'attend à être traité comme tel. Je trouve que c'est un bon postulat.
Changer le regard que nous posons sur nos enfants, sur leurs actes, est une étape décisive. Si nous pensons très sincèrement qu'ils sont profondément bons, si nous nous attendons à ce qu'ils agissent de manière appropriée (dans la mesure des moyens qui leur sont donnés), alors nous les traiterons avec amour et respect. Nous trouverons les clés pour les accompagner dans leur découverte du monde, de la vie en société et de ses règles.
Il existe de nombreuses formes de punitions, dont l'exclusion, la privation, l'humiliation... Toutes ces méthodes, auxquelles j'ajoute l'usage de récompenses, sont des moyens de manipuler l'enfant et de le formater, ce qui revient à bafouer sa nature profonde.
De nombreux parents les utilisent en toute bonne foi, dans le but avoué d'apprendre à leur enfant la bonne façon de se comporter dans une situation donnée, et de lui donner les armes pour savoir s'adapter (c'est-à-dire pour être accepté).
Certes, les enfants ont un besoin vital de limites claires et justes, et notre rôle de parent est de leur apprendre un certain nombre de règles de vie. Mais les punitions et les récompenses sont un piètre moyen d'y parvenir, les privant d'autant d'occasions de réfléchir par eux-mêmes et donc de bien intégrer ces limites et ces règles.
Pour ma part, j'aimerais beaucoup que mes enfants se sentent libres, qu'ils soient capables de faire des choix éclairés, en premier lieu pour eux-mêmes, et qu'ils aient confiance en leur propre jugement. Ce sont ces armes-là qui à mon sens les rendront forts face aux épreuves et aux défis qu'ils rencontreront dans leur vie.
Or les punitions (même accompagnées d'explications) n'apprennent que la peur, l'évitement, la honte et la soumission. Ces sentiments, ressentis par l'enfant puni ou humilié, ne laissent aucune place à un dépassement de soi positif et constructif.
Cet enfant, aux prises avec des émotions violentes et paralysantes, va (au mieux...) apprendre à se conformer à ce que l'on attend de lui, passivement, sans possibilité de prendre du recul ni de réfléchir.
De plus, si ces sentiments négatifs sont trop souvent ressentis par l'enfant, ils cristallisent chez lui une angoisse, une violence et une tendance à la soumission à vie.
Les récompenses pourraient sembler plus douces, en réalité elles ne sont qu'une forme assez similaire de manipulation, qui brouille l'enfant avec sa volonté intérieure et lui ôte la possibilité d'exercer son libre arbitre.
De plus, la promesse d'une récompense engendre la peur de l'échec, qui sera lui-même vécu comme une punition...
Un enfant souhaite avant tout comprendre le monde et y trouver sa place. S'il a un comportement inadapté, ce peut être parce qu'il manque d'informations (sur l'attitude à adopter dans une situation précise, la manière d'utiliser un objet...), ou que les informations dont il dispose ne sont pas adaptées à son niveau de compréhension. Il est de toute façon utile de conserver à l'esprit que la répétition est le propre de l'éducation... et que les explications seront intégrées d'autant mieux et plus rapidement qu'elles seront données avec bienveillance, patience et respect.
Très souvent aussi, un comportement inapproprié est la manifestation de besoins de base inassouvis (dont la faim, la soif, le sommeil, la tendresse et l'attention). Un bon moyen de prévention est donc de se montrer attentif à ces besoins, et de chercher à les combler dès qu'ils surviennent : fatiguant mais payant !
Emma, typiquement, peut faire de véritables crises de rage (d'aucuns diraient des "caprices") lorsqu'elle est affamée...
Un autre point important est de bien connaître le développement "normal" d'un enfant. Cela permet d'évaluer de façon juste ce qu'il est raisonnable et légitime d'attendre d'un enfant, en fonction de son âge notamment.
Ainsi, un bébé de 18 mois qui touche à tout dans la maison cherche simplement à satisfaire son besoin d'explorer. Si un objet de valeur vient à être cassé, ce n'est probablement pas l'enfant qu'il faudra blâmer...
Avant 3 ans, un enfant n'est guère capable de prêter ses affaires.
Avant 7 ans, il lui sera difficile de ranger sa chambre sans aide.
Etc.
Concrètement, quand je ne sais trop comment gérer une situation avec mes enfants, je me demande assez systématiquement ce que je ressentirais à leur place et de quelle façon j'aimerais être traitée, en tant qu'être humain naturellement bon et coopératif...
Je crois aussi beaucoup à l'intérêt de laisser l'enfant découvrir (puis assumer) la conséquence naturelle de ses actes et de ses erreurs, ce dans un cadre bienveillant. Cela lui offre une excellente opportunité de réfléchir et de trouver des solutions par lui-même.
Un petit enfant qui renverse malencontreusement son verre ressent probablement de la frustration, de la colère ou de la honte, et il attend sans doute de l'adulte qu'il manifeste de l'empathie et lui montre de quelle façon il peut réparer sa maladresse.
Les sentiments désagréables qui accompagnent son geste sont une "punition" suffisante, à laquelle il semble bien inutile d'ajouter l'humiliation.
Mais si le geste est intentionnel et répété, peut-être faudra-t-il interdire pour un temps à cet enfant l'usage de verres cassables...
Si l'un de mes enfants abîme ou casse quelque chose qui lui appartient, un jouet par exemple, je me dis que c'est surtout dommage pour lui et, dans l'hypothèse où le geste était délibéré, je me garde bien d'en racheter un semblable.
Un enfant qui tape ou qui mord ressent probablement de la colère, ou bien il tente d'exprimer le fait que l'un de ses besoins n'est pas comblé.
Lorsque cela arrive chez nous, je m'éloigne avec la victime et la console. J'estime que la privation d'attention à ce moment-là est pour l'agresseur une "leçon" suffisante.
De la même façon, si je suis la victime, je n'ai, naturellement et momentanément, plus envie de m'occuper de celui ou de celle qui m'a tapée.
Dans un second temps, lorsque tout le monde est calmé, je rappelle la règle avec fermeté : "Si tu es en colère ou si tu as un problème, tu dois le dire avec des mots. Ta petite main n'est pas faite pour frapper, tu dois la retenir."
Catherine Dumonteil-Kremer raconte que lorsque l'une de ses filles (alors très jeune) mordait beaucoup, elle la "filait au train" pour l'empêcher de passer à l'acte : prévenir plutôt que sévir...
Il y aurait bien sûr une infinité d'exemples, et sans doute autant de solutions.
L'approche montessorienne exclut tout usage des punitions et des récompenses.
Dans une classe Montessori, tout est pensé pour que l'enfant parvienne à une auto-discipline, pour qu'il "se normalise" : l'environnement est préparé pour qu'il y trouve de quoi satisfaire son besoin intérieur, les règles sont simples et les mêmes pour tout le monde (ranger son activité avant d'en prendre une autre, se déplacer dans un but précis, ne pas déranger les autres enfants ni la maîtresse, chuchoter...), et bien sûr absence totale de système de notation.
Pour finir, quelques suggestions de lectures :

Jan Hunt traite de cette question dans son excellent livre La véritable nature de l'enfant - Choisir l'amour pour guide, avec notamment un article intitulé "Dix alternatives aux punitions".

Jean-Philippe Faure est formateur en Communication Non Violente. Son livre Eduquer sans punitions ni récompenses propose une approche globale de l'éducation, et plus particulièrement de l'enseignement, qui permet de sortir du schéma punitions-récompenses.

Et toujours "Ecouter pour que les enfants parlent, parler pour que les enfants" de Faber & Mazlish, qui consacre un chapitre entier à cette question : "Remplacer les punitions".
Je rajoute deux propositions d'Agnès (Cf. commentaires) :

- Eduquer sans punir de Thomas Gordon : "très éclairant sur les différents effets des punitions et récompenses, mais aussi des compliments et critiques"

- Sanctionner sans punir - Dire les règles pour vivre ensemble d'Elisabeth Maheu : "un livre un peu rébarbatif mais très riche, qui explore ce thème de façon très approfondie. Il pose la définition de punition, en la distinguant bien des conséquences négatives des actes, ou de la nécessité de poser une limite. Et les exemples ne cherchent pas la facilité, en parlant du quotidien difficile dans les collèges ou avec des ados. Et c'est un livre facile à prêter, car il n'est pas "angélique", dans le sens où il ne part pas du principe que les enfants sont bons, mais s'appuie sur les conséquences négatives des punitions et recherche comment les éviter."
3 novembre 2010
Des méfaits de la fessée...
"Nous ne pouvons pas nous libérer d'un mal sans l'avoir nommé et jugé comme un mal." Alice Miller
Comme je l'ai déjà exprimé, je suis absolument contre la violence physique (et morale, mais c'est un autre sujet) envers les enfants.
J'ai la chance que mes pulsions de violence ne se retournent jamais contre les individus. Pourtant, après lecture d'assez nombreux témoignages, j'arrive à comprendre que l'on puisse "déraper" quelquefois, surtout si l'on a soi-même été "élevé à la fessée", à imaginer la culpabilité et la souffrance que cela doit engendrer.
Une fessée ou une tape "qui part", aussitôt regrettée, peut toujours être suivie d'explications et d'excuses.
Ce que je ne parviens pas à comprendre, en revanche, c'est que cette violence physique puisse être érigée en principe éducatif.
Que peut-on attendre, rationnellement, du fait de battre un autre que soi, aimant et plus faible de surcroît ? L'obéissance ? La soumission ?
Personnellement, j'ai de plus grandes ambitions, pour mes enfants, pour moi-même, et pour la nature de nos relations.
Pour achever de se convaincre des méfaits (le juste terme, d'ailleurs, serait plutôt "ravages") des châtiments corporels, j'aimerais faire un point sur ce que l'on sait aujourd'hui des conséquences de ces pratiques sur la santé et le psychisme des enfants.
Pour ce faire, je m'appuie sur les travaux d'Olivier Maurel, LE spécialiste français de la question, président de l'OVEO (Observatoire de la Violence Educative Ordinaire).
Je le cite dans son livre La Fessée, questions sur la violence éducative :

"Il y a quelques dizaines d'années, on pouvait encore avoir des doutes sur la nocivité des châtiments corporels infligés aux enfants. Ce n'est plus le cas aujourd'hui. Les recherches les plus récentes sur le fonctionnement du cerveau montrent de façon indubitable que les coups reçus par les enfants y provoquent des lésions et entravent son développement. Et le neurologue de réputation internationale Antonio R. Damasio approuve l'idée que la façon dont sont traités les enfants peut expliquer nombre de comportements aberrants et cruels propres à l'humanité et qu'on attribue bien à la légère à la "nature humaine".
L'Organisation Mondiale de la Santé a d'ailleurs pris position et rangé les châtiments corporels parmi les causes non seulement de la violence des adolescents et des adultes, mais aussi d'un grand nombre de maladies. Mais bien peu de gens ont lu ce rapport."
Pourquoi faut-il renoncer aux châtiments corporels ?
- A la naissance, le cerveau des enfants et leur système nerveux sont inachevés. Ils se construisent tout au long de l'enfance.
Le volume du cerveau augmente (à la naissance, il a le cinquième du poids de celui de l'adulte), c'est pourquoi les jointures des os de notre crâne ne se ferment définitivement qu'à l'âge adulte.
Si, pendant cette période ou une partie de cette période, l'enfant est fréquemment soumis à des stress, le développement de son cerveau peut être perturbé.
Pour un bon équilibre de la personnalité, il faut que les émotions aient pu se développer normalement et que le cerveau cognitif ait appris à les reconnaître et à les contrôler.
Or, quand le cerveau est soumis pendant son développement à des stress trop fréquents, et qui ne peuvent pas s'évacuer dans la fuite ou l'autodéfense, les capacités du cerveau sont diminuées, le développement des neurones se fait mal, et certains neurones sont même atteints de lésions.
- Dans l'immédiat, l'enfant frappé obéit souvent à l'ordre qu'il a reçu par peur des coups. Mais c'est aussi pour lui la première expérience de la lâcheté. Souvent, il recommence à la première occasion, mais en cachette : première expérience de l'hypocrisie. Enfin, il peut prendre plaisir à défier ses parents : première expérience de la provocation.
- Une claque peut perforer le tympan d'un petit enfant ou provoquer des traumatismes oculaires.
La fessée, considérée par certains comme totalement inoffensive, est en réalité dangereuse. Le nerf sciatique, le coccyx, les organes sexuels peuvent être atteints par des coups violents.
Frapper un enfant sur les mains peut aussi avoir des conséquences graves : les mains des enfants sont particulièrement vulnérables parce que les ligaments, les nerfs, les tendons et les vaisseaux sanguins sont juste sous la peau qui ne comporte aucun tissu protecteur sous-jacent. Frapper les mains des enfants très petits est spécialement dangereux pour les plaques de croissance des os qui, si elles sont endommagées, peuvent causer des déformations ou des perturbations. Frapper les mains des enfants peut aussi causer des fractures, des dislocations et, postérieurement, entraîner le développement prématuré d'ostéo-arthrite.
- Des études ont montré que l'hormone du stress, le cortisol, provoque une inhibition du système immunitaire, au moins temporairement, sans doute dans le but d'économiser l'énergie afin d'affronter en priorité la situation d'urgence immédiate, nécessité plus pressante du point de vue de la survie. Mais si le stress est intense et constant, la suppression peut devenir durable, fragilisant l'organisme.
Une étude effectuée en 1995 sur 300 jeunes accidentés de la route a montré, en plus d'une fréquence plus grande des accidents chez les enfants frappés, la fréquence de maladies plus graves que chez les autres enfants.
- De nombreuses études montrent que lorsqu'un jeune manifeste une grande violence, il faut rechercher les antécédents de violence subie. On a constaté une forte liaison entre toutes les formes de violence (sur soi, sur autrui et subie).
Frapper un enfant, c'est lui ouvrir, large comme une autoroute, la voie de la violence et lui rendre difficile la voie du respect des autres.
Quelle que soit la force du coup reçu, la leçon qu'il donne à l'enfant est la même : en cas de conflit, la violence est une réponse normale, y compris à l'égard d'un être plus petit que soi.
- Les enfants frappés, blessés dans leurs émotions, sont contraints à un durcissement, un blindage. Rien d'étonnant à ce que certains d'entre eux aient perdu une grande partie de leur capacité naturelle de compassion.
- De nombreuses personnes deviennent masochistes à la suite de fessées reçues dans leur enfance, c'est-à-dire incapables d'éprouver un plaisir sexuel sans qu'il soit lié à une fessée réelle ou fantasmée. Il ne faut pas s'étonner, compte tenu du nombre d'enfants fessés, qu'il y ait sur internet tant de sites érotiques pour amateurs de fessées.
La fessée est un abus sexuel. Il serait temps qu'en prennent conscience tous ceux qui ont tendance à dire qu'"une bonne fessée n'a jamais fait de mal à personne".
- Les enfants qui ont été frappés ne considèrent pas que leur corps leur appartienne. Les coups les habituent à l'idée d'accepter que les adultes ont un pouvoir absolu sur leur corps, y compris le droit de leur faire mal.
Les fessées les convainquent d'autre part que les zones sexuelles sont soumises à la volonté des adultes. Il est peu probable que l'enfant qui se résigne à être battu le lundi ose dire "non" à un violeur le mardi. Les adultes qui ont été abusés ou exploités sexuellement le savent. Ils cherchent leurs victimes potentielles parmi les enfants à qui on a enseigné "si tu n'obéis pas, tu vas voir ce qui va t'arriver", parce que ce sont les cibles les plus faciles.
- Toutes les victimes ne deviennent pas bourreaux. Mais tous les bourreaux ont été victimes.
- Commencer à frapper un enfant, même légèrement, c'est pour la personne qui frappe, mettre en place dans son propre cerveau un automatisme qui risque de devenir la réponse privilégiée à tout conflit avec l'enfant. La dynamique de la violence est celle de l'escalade. Et nul ne peut savoir jusqu'où il pourra être entraîné par sa propre violence.
Une étude réalisée en Ontario montre que, sur 10000 cas de mauvais traitements, presque tous ont commencé par des corrections "raisonnables".
En guise de conclusion :
"Une des pires conséquences des punitions corporelles, c'est qu'arrivé à l'adolescence ou à l'âge adulte, chacun les considère comme sans importance et les prend en dérision.
Il n'y a qu'un regard vrai sur les châtiments corporels : celui des enfants qu'ils terrifient."
19 octobre 2010
Devenir continent

Si je n'emploie pas le terme "propreté" c'est à dessein, car je le trouve particulièrement négatif et péjoratif (sous-entendant qu'avant d'être "propre", l'enfant est "sale").
Bien avant que la question ne se pose chez nous, j'avais lu avec intérêt l'avis des "experts". Certains me parlaient plus que d'autres, allant dans le sens de ma conviction que le continuum d'un enfant libre et respecté le pousse naturellement à l'acquisition des spécificités de son espèce - en l'occurrence l'espèce humaine - dont la continence fait partie.
J'ai également retiré de ces lectures quelques éclairages sur ce qui se joue alors au plan physiologique.
Extraits :
"C'est aux environs de deux ans, à partir du moment où un enfant est capable de monter et descendre une échelle tout seul, une échelle de ménage, jusqu'à la dernière marche à laquelle il s'accroche avec ses mains, eh bien, c'est à ce moment-là que son système nerveux est constitué et qu'il peut donc être propre, s'il est attentif. Avant, il ne le peut pas.
[...]
C'est vraiment dommage de perdre tant de temps avec le pot de chambre, alors que tant d'autres choses sont à faire, pour développer l'adresse des mains, de la bouche, de la parole, du corps tout entier... Lorsque l'enfant est adroit, habile de ses mains, acrobate, c'est-à-dire jouit en liberté et relaxation d'une bonne coordination de ses mouvements, et d'un tonus maîtrisé, lorsqu'il parle déjà bien, il a plaisir à devenir propre tout seul, à faire comme font les adultes, c'est-à-dire aller aux cabinets."
Françoise Dolto, Lorsque l'enfant paraît - Tome 1
"La continence d'urine nocturne apparaît définitivement - si on ne lui a jamais donné de valeur bonne ou mauvaise - au plus tard trois mois après la continence diurne. Mais la propreté complète s'installe un peu plus tard pour les garçons que pour les filles. Cela vient de ce que, pour les filles, la "propreté" (continence sphinctérienne) n'a pas de rapport avec le génital, tandis que pour le garçon la confusion demeure plus longtemps : il ne fait pas de différence entre une miction et une érection. Et c'est sans doute la raison de son acquisition plus lente. Il confond besoins et désirs localement surgis dans cette zone.
[...]
Le vocabulaire contribue beaucoup à clarifier les choses ou à augmenter la confusion. Quand on change un bébé, ne lui parler que de ses "fesses" accroît la confusion. Ou bien on dit à un plus grand, indistinctement : "Va donc te laver le derrière..." Derrière, ce sont les fesses et l'anus, devant c'est le sexe ou la miction urinaire, pour la fille comme pour le garçon. Il faut donc très tôt, par le langage, faire comprendre aux enfants qu'on ne parle pas de la même façon des fonctionnements pipi ou caca, et des parties du corps, derrière : fesses, devant : pénis, vulve. Sinon c'est la confusion totale."
"Tous les mammifères sont continents une fois que leur terminaison nerveuse est complète. Chez les animaux, cela prend à peine quelques jours, mais chez les humains, c'est beaucoup plus long, parce que cette terminaison nerveuse met plus de temps à se faire. Bien plus, avant de renoncer au plaisir de l'anus, l'enfant doit développer le plaisir des mains qui ont appris à manipuler des objets, comme la pâte à modeler, le sable, la boue, etc. En sorte que les mères qui essaient de rendre leur enfant continent avant le temps sont des mères perverses, parce qu'elles ne respectent pas le développement normal de leur enfant. Or, pour dire les choses autrement, on a alors une éducation perverse de ce qu'on appelle en psychanalyse le stade anal."
Françoise Dolto, Les étapes majeures de l'enfance
"Comme nous l'avons dit, peut-être trop souvent déjà - mais répétons-le puisque le problème est toujours d'actualité lorsque l'enfant a deux ans -, seul lui-même est en mesure de décider à quel moment il sera capable d'être propre. Peu importe la pression, toujours présente, des grands-parents, des puéricultrices, des amis bien intentionnés. L'indifférence est de rigueur. Ce devra être sa réussite, et non la leur.
Il faut attendre que tous les signes que nous avons énumérés (langage, imitation, goût de l'ordre, affaiblissement du négativisme) apparaissent clairement avant de commencer l'apprentissage de la propreté. Ces signes se manifesteront probablement dans le courant de la troisième année."
"A trois ans, un enfant peut avoir l'impression qu'il a toujours été propre, au moins pendant la journée. Tout accident, quel qu'il soit, lui sera très pénible. Mais à certains moments on peut comprendre qu'il y ait régression dans le domaine de la propreté : si la mère ou le père s'absentent, s'il y a un nouveau-né dans la famille. C'est aux parents à faire comprendre à l'enfant la cause de ces "accidents", sinon il risquerait de se sentir coupable. Si au contraire l'enfant comprend ce qui lui arrive, il y a de grandes chances que l'incident ne se reproduise pas. Les échecs à répétition arrivent lorsque la pression, pour cette éducation à la propreté, est trop forte, ou tout simplement lorsque l'enfant n'est pas prêt. Que les parents ne le laissent surtout pas se sentir inapte. Les couches pourront être utilisées, non comme une punition, mais pour lui éviter la crainte des accidents. Dès que l'enfant recommence à se contrôler, les parents peuvent lui rappeler combien il a progressé, lui faire comprendre que c'est sa réussite et qu'eux sont fiers de lui.
[...]
Une véritable compréhension du désir de l'enfant à suivre son propre rythme fait de l'apprentissage de la propreté un point fort, l'occasion d'éviter des problèmes tels que l'énurésie ou la constipation."
T. Berry Brazelton, Points forts - De la naissance à 3 ans
"Les parents ont simplement à proposer un pot, à montrer comment s'en servir et à attendre que le petit ait envie de l'utiliser. Il ne faut jamais se fâcher à ce propos, ni humilier l'enfant, ni lui donner une fessée. La méthode à suivre est simple : laissez votre enfant évoluer à son rythme, sans être obnubilé par cet apprentissage.
En effet, la plupart des enfants refusent un jour les couches la journée en demandant tout naturellement le pot ou les toilettes, puis deviennent propres la nuit. L'acquisition de la propreté ne se fait cependant pas toujours aussi simplement : à l'âge de 3 ans, environ un enfant sur cinq n'apprécie pas qu'on ne lui mette plus de couches et n'a pas acquis la maîtrise de ses sphincters."
Edwige Antier, Elever mon enfant aujourd'hui
"Malheureusement, une des conditions d'entrée à l'école maternelle étant la continence le jour, bien des parents ont envie d'intervenir pour accélérer cet "apprentissage" et, du coup, aboutissent au résultat inverse. Se fâcher, punir, et même récompenser, seront une entrave à l'acquisition de ce progrès.
Certains blocages psychiques que nous vivons en tant qu'adultes prennent racine dans cette période. Proposer le pot est une des possibilités que les parents utilisent pour soutenir l'enfant dans sa volonté de progrès.
Il s'agit bien de proposer et non d'imposer, les séances de pot peuvent se transformer en périodes de tensions aigües pour les parents et pour l'enfant et rester improductives.
Votre énervement devrait être une sonnette d'alarme, vous vous sentez en colère : arrêtez vos tentatives et reprenez-les plus tard.
C'est la même chose pour l'enfant, si votre bambin est en larmes n'insistez pas, attendez quelques semaines.
[...]
Mais n'oubliez pas que lorsqu'il en est l'initiateur, tout est simple, sain, et alimente sa confiance en lui. La meilleure des choses est encore de lui en parler, de lui montrer comment vous vous y prenez vous-même, et de le laisser gérer ses besoins physiologiques."
Catherine Dumonteil-Kremer, Elever son enfant... autrement
Il semblerait que la maîtrise sphinctérienne soit acquise, en moyenne, environ un an après la marche assurée.
Mais le moment où l'enfant se sent le désir et la volonté de devenir continent, lui seul le connait.
Je vous raconte notre expérience avec Emma.
Elle a marché très tard (23 mois).
Au cours de sa troisième année, nous avons mis un pot à sa disposition, en lui expliquant la façon dont elle pourrait s'en servir.
Pendant des mois, elle a alterné les périodes où elle a joué avec, le trainant partout et y "rangeant" toutes sortes de choses, avec d'autres où elle s'en est désintéressée totalement.
Nous lisions souvent le livre animé Sur le pot de Marianne Borgardt, qu'elle adorait :
Et aussi Sur le pot, comme un grand ! de Bernette Ford, que j'aimais bien, moi, parce que le petit canard semble porter une couche lavable :
Un matin (elle avait alors 33 mois), elle a déclaré qu'elle ne voulait plus mettre de couches. Oserais-je l'avouer ? J'étais dubitative, pour le moins, car je n'avais vu aucun signe particulièrement "précurseur"... Mais bien sûr, je lui ai répondu : "d'accord !".
Le lendemain soir, elle n'a pas voulu de couche pour la nuit.
C'en était fini, définitivement !
Dans le mois qui a suivi, nous avons compté les accidents sur les doigts d'une main (dont un de nuit, alors que nous étions en vacances chez mon frère).
Et je suis surprise - encore aujourd'hui parfois - de la façon dont elle gère ses envies le plus naturellement du monde, en particulier à l'extérieur de la maison.
Emma est une petite fille plutôt sure d'elle, qui sait ce qu'elle veut : peut-être cela joue-t-il, aussi ?
En tout cas, en résumé : confiance et zen attitude !
15 octobre 2010
Faber & Mazlish
Les enfants ont pu jouer (entre eux et en compagnie de Noémi, l'animatrice des lieux) pendant que je participais, avec une vingtaine d'autres parents, à un débat animé par Isabelle de l'association Petites Graines sur le thème de la "méthode Faber & Mazlish".
Adele Faber et Elaine Mazlish, deux mères de famille américaines, ont repris dans leurs livres les principes de communication avec les enfants que leur a enseignés Haim Ginott.
Leurs ouvrages sont à la fois clairs et très riches.
Elles y expliquent comment acquérir un certain nombre d'"habiletés" (traduction forcément imparfaite du terme anglais "skills"), clés d'une relation harmonieuse, forcément respectueuse, avec les enfants.
Parler pour que les enfants écoutent, écouter pour que les enfants parlent
Parler pour que les enfants apprennent, à la maison et à l'école
Parler aux ados pour qu'ils écoutent, les écouter pour qu'ils parlent
Parents épanouis, enfants épanouis
Jalousies et rivalités entre frères et soeurs
Voici quelques-unes de leurs idées, largement développées dans le premier livre :
Aider les enfants aux prises avec leurs sentiments
Les enfants ont besoin qu'on accueille et qu'on respecte leurs sentiments
1. Vous pouvez écouter en silence et avec attention
2. Vous pouvez accueillir leurs sentiments à l'aide d'un mot : "Oh !", "Hum...", "Je vois"
3. Vous pouvez nommer le sentiment : "Ca a l'air énervant"
4. Vous pouvez utiliser l'imaginaire pour leur offrir ce qu'ils souhaitent : "J'aimerais pouvoir faire mûrir la banane pour toi tout de suite"
On peut accueillir tous les sentiments. On doit limiter certaines actions : "Je vois combien tu es fâché contre ton frère. Dis-le lui avec des mots, pas avec tes poings"
Pour susciter la coopération d'un enfant
a. Décrivez ce que vous voyez ou décrivez le problème : "Il y a une serviette humide sur le lit"
b. Donnez des renseignements : "La serviette mouille ma couverture"
c. Dites-le en un mot : "La serviette !"
d. Décrivez ce que vous ressentez : "Je n'aime pas dormir dans un lit humide !"
e. Ecrivez une note (au-dessus du porte-serviettes) : "S'il te plaît, replace-moi ici pour que je puisse sécher. Merci ! Ta serviette !"
Au lieu de punir
1. Exprimez vos sentiments avec vigueur sans attaquer la personnalité de l'enfant : "Je suis furieux de voir qu'on a laissé ma nouvelle scie dehors à rouiller sous la pluie !"
2. Exprimez vos attentes : "Je m'attends à ce qu'on rapporte les outils qu'on m'a empruntés"
3. Montrez à l'enfant comment redresser la situation : "Cette scie a maintenant grand besoin d'un peu de laine d'acier et de beaucoup d'huile de coude"
4. Offrez un choix à l'enfant : "Tu peux emprunter mes outils et les rapporter ou bien tu peux abandonner le privilège de t'en servir. A toi de choisir"
5. Passez à l'action :
L'enfant : "Pourquoi le cadenas sur la boîte à outils ?"
Le parent : "Dis-moi pourquoi"
6. Utilisez la résolution de problème : "Que pouvons-nous faire pour que tu puisses utiliser mes outils, et pour que je sois certain de les retrouver quand j'en ai besoin ?"
Pour encourager l'autonomie
1. Offrez des choix : "Veux-tu mettre ton pantalon gris ou ton pantalon rouge ?"
2. Montrez à l'enfant que vous respectez ses efforts : "Ca peut être difficile d'ouvrir un pot. C'est parfois utile de taper le côté du couvercle avec une cuillère"
3. Ne posez pas trop de questions
4. Ne vous pressez pas de répondre aux questions : "C'est une question intéressante. Qu'en penses-tu ?"
5. Encouragez l'enfant à utiliser des ressources à l'extérieur du foyer : "Le propriétaire de l'animalerie aurait peut-être une suggestion"
6. Ne supprimez pas l'espoir : "Tu veux tenter ta chance dans la pièce de théâtre ? Ce devrait être une sacrée expérience !"
Pour vos longues soirées d'hiver...
1 octobre 2010
Gérer son sommeil

Dans une étude assez récente, il était demandé à de futurs parents ayant déjà un ou plusieurs enfants, ce qu'ils redoutaient le plus avec la venue de ce nouveau bébé.
Les deux réponses majoritairement données avaient été :
1. Les nuits
2. Le Terrible Two
Pour les réveils nocturnes, bien qu'il y ait certainement des pistes à creuser (Elizabeth Pantley se livre à l'exercice dans son ouvrage Un sommeil paisible et sans pleurs : Aider en douceur son bébé à dormir toute la nuit), je crois fermement que la solution-miracle n'existe pas, et qu'il revient à chaque famille de trouver (et de réinventer souvent...) ses propres solutions "acceptables".
En revanche, pour le coucher, je suis convaincue qu'il est possible de gagner énormément en sérénité, tout simplement en laissant l'enfant gérer seul ses temps de repos.
Tout comme dans le fait de le laisser se nourrir librement, cette démarche a pour objectif de ne pas couper l'enfant des manifestations de son besoin intérieur, c'est-à-dire des signaux que lui envoie son corps et qu'il est le seul à ressentir.
Concrètement chez nous, Emma n'est pas forcée de se coucher, ni bien sûr de dormir.
D'ailleurs, sauf à recourir à l'usage de somnifères (ou de coups derrière la tête...), je ne vois toujours pas comment nous pourrions l'y obliger !
Elle a abandonné la sieste à l'âge de 20 mois, en gérant très bien son état de fatigue jusqu'au soir. Cela m'a beaucoup surprise, et j'ai même été tentée - je l'avoue - de l'obliger à s'allonger après le déjeuner.
Elle s'est rebellée avec tellement de vigueur que j'ai vite abandonné l'idée !
Le soir, nous décidons conjointement (elle et nous) du moment où elle va monter dans sa chambre.
Après un rituel du coucher raisonnablement long, nous la laissons libre de vaquer à ses occupations : jouer, lire, faire pipi 3 fois, remplir son gobelet d'eau 5 fois... ou dormir, pourquoi pas.
Les règles existent, elles sont simples :
- Elle ne doit pas redescendre pour respecter notre besoin de tranquillité.
- Elle ne doit pas faire trop de bruit pour respecter le sommeil de son frère.
Il ne faut pas se leurrer. Un enfant laissé libre de gérer son sommeil va inévitablement, à un moment ou à un autre, chercher à "se tester" et à dépasser ses limites.
Je ne pense pas que cela soit un problème. En fait, j'y vois même une belle opportunité d'apprentissage, un pas de plus vers la connaissance de soi.
Alexandre sait également très bien manifester son besoin de sommeil (depuis peu, en signant "au revoir"). Il va lui-même jusqu'à son lit puis nous l'accompagnons dans sa phase d'endormissement, simplement.
Evidemment, le concept de "lit bas" cher à Maria Montessori prend ici tout son sens.
18 septembre 2010
"Non !" ou le Terrible Two
Dans le cas d'Emma, ces phases d'opposition sont revenues (j'emploie le passé... et je touche du bois !) cycliquement, avec des pics qui ont parfois mis nos nerfs à rude épreuve.
Il est évident que cette période représente un grand défi pour les parents.
Elle est aussi, sans doute, la première vraie occasion de nous demander quel type d'éducation nous souhaitons pour nos enfants. Car il va s'agir de se positionner, quelque part entre laxisme et autoritarisme...
Voici ce que dit le Docteur Fitzhugh Dodson, dans son livre Tout se joue avant 6 ans, de cette période qu'il nomme la première adolescence :
"Le développement de l'enfant n'est pas un chemin égal et régulier conduisant à un comportement plus mûr à mesure qu'il grandit. Au contraire, la croissance et le développement d'un enfant passent par des périodes d'équilibre suivies de périodes de déséquilibre. Par exemple, le stade des premiers pas est une période d'équilibre, suivi du stade de la "première adolescence" (de deux à trois ans environ), qui est une période de déséquilibre. Puis vient le stade des trois ans qui est une période d'équilibre, puis vers quatre ans, c'est de nouveau le déséquilibre. Ensuite, à cinq ans environ, survient une nouvelle période d'équilibre.
[...]
La première adolescence est un stade de transition. La première transition que nous rencontrons dans la croissance de l'enfant. Je l'ai appelée "première adolescence" à cause de sa ressemblance frappante avec la véritable adolescence, entre treize et dix-neuf ans (et que nous pouvons appeler "seconde adolescence").
[...]
Ces étapes, faites d'orages et de tension, l'une comme l'autre, impliquent négation et rébellion.
Il est très important que les parents saisissent les aspects positifs de ce stade que nous avons appelé déséquilibre. Les parents qui ont déjà l'expérience de cette étape chez leurs enfants l'appellent "l'année terrible" et la redoutent. Mais voyons la chose d'un oeil neuf : prenons un enfant de seize à dix-huit mois. C'est encore un bébé. Comment la nature peut-elle en faire un "trois ans" dont la personnalité ait la maturité caractéristique de l'enfant par rapport au bébé ? Notre mère Nature ne peut opérer ce changement qu'en brisant les principes d'équilibre qu'il avait atteints. C'est pourquoi, quand notre plus jeune fils se mit à crier bien fort "non, non !" à vingt mois, nous comprimes que les principes de son équilibre de bébé étaient en train de céder.
Malgré les difficultés que l'attitude négative et d'opposition de votre "deux ans" vous causeront, rappelez-vous qu'il s'agit vraiment d'une phase positive de son développement, sans laquelle il resterait figé dans l'équilibre du bébé.
[...]
Si vous regardez au-delà des épreuves quotidiennes, vous devez comprendre que votre enfant est en train de découvrir son individualité en opposition au conformisme social.
Rappelez-vous qu'un nouveau-né n'a pas la conscience du "Moi". Il lui faut un certain temps avant d'apprendre à distinguer le "Moi" du "Non-Moi" que représente son univers. Le stade de développement dont nous parlons est le premier au cours duquel votre enfant acquiert vraiment le sens de sa personnalité unique. Et l'une des choses qu'il doit nécessairement faire pour établir le sentiment de son identité est de s'opposer à ses parents, en prenant une attitude négative. Pour qu'il puisse définir qui il est et ce qu'il désire, il faut qu'il passe par une phase de négation et de défi.
En d'autres termes, la prise de conscience de soi négative fait partie de la lutte menée à cet âge pour la prise de conscience de soi positive.
[...]
Donc la tâche nouvelle assignée à l'enfant pendant ce stade de développement est d'acquérir fermement le sens de son individualité, le sens profond de ce qu'il est."
Cette étape est donc normale et saine. Un enfant de cet âge n'agit pas contre ses parents, mais pour satisfaire les lois de son développement.
Je trouve particulièrement important et aidant de le comprendre, parce que cela permet de relativiser (dans les moments d'accalmie...), mais aussi d'éviter le piège de l'excès d'autorité, par peur du spectre du "syndrome de l'enfant-roi".
Et puis, si l'on y réfléchit, la capacité à s'affirmer et à faire des choix pour soi-même, la confiance en soi et en ses capacités, sont des aspects très positifs d'une personnalité. C'est en partie ce qui se joue durant cette période, et nous avons certainement grand intérêt à ne pas trop les brider (et même à les valoriser !) chez nos enfants.
Malheureusement, si en prendre conscience est essentiel, cela reste bien insuffisant pour échapper, pendant cette période critique, à la crise de nerfs quotidienne...
Puisque nous semblons en être sortis (...), je peux tenter un résumé de ce qui a plutôt bien fonctionné chez nous.
Je précise tout de suite qu'il n'y a pas (évidemment et heureusement ?!!) de recette miracle face à un enfant qui s'oppose quasi systématiquement, et que vos meilleures armes resteront toujours la patience, la créativité, l'adaptabilité et... le repos !
Le proverbe africain "Il faut tout un village pour élever un enfant" n'est sans doute jamais aussi vrai que durant cette période... Alors déléguez, passez le relais dès que possible (famille, amis, garderie...), isolez-vous un moment si vous sentez que vous allez craquer... sans culpabiliser !
C'est vraiment vital pour tout le monde.
Un enfant de cet âge veut faire par lui-même et comprendre le monde qui l'entoure, à commencer par ce qui se joue dans sa propre maison. Si ce n'est déjà fait, c'est donc le moment idéal pour préparer son environnement afin de lui laisser un maximum d'autonomie.
Il faudra ensuite adapter notre attitude face à ce désir d'indépendance. Accompagner l'enfant dans cette recherche, c'est lui apprendre à son rythme, avec des gestes lents que l'on répète autant de fois que nécessaire pour qu'il les absorbe, c'est aussi accueillir les inévitables manifestations de frustration et de grosse colère.
C'est une étape délicate pour l'enfant, car il se trouve dans un état de grande instabilité. A cet égard, il a besoin de notre empathie et de notre compréhension. Ecouter sa demande, verbale ou non (lui offrir du soutien s'il le souhaite, mais savoir aussi le laisser gérer une situation difficile ou dépasser un état de colère tout seul), c'est le respecter vraiment.
Une chose essentielle pour moi a été de parvenir à ne plus "rien" attendre d'Emma, à accepter de simplement vivre à son rythme en m'adaptant autant que possible à ses besoins fluctuants... Cela peut paraître compliqué ou même stupide, mais en réalité quel soulagement ! Ne rien planifier vraiment, ne rien attendre concrètement m'a permis de ne pas être déçue et de ne pas (trop) lui en vouloir...
De manière générale, un bon "truc" est de laisser le temps à l'enfant d'être prêt... Pour cela, le prévenir très longtemps à l'avance (qu'il va falloir sortir, s'habiller, changer la couche, etc.), en lui disant bien "quand tu seras prêt". Et, ensuite, le lui répéter plusieurs fois en ajoutant éventuellement "es-tu prêt maintenant ?".
Il va aussi vous falloir réfléchir à la question des limites... Lorsque tout devient potentiellement matière à conflit, il peut être judicieux de revoir ses prétentions à la baisse, en adoptant une souplesse libératrice pour tout le monde !
Par exemple, dans notre cas, les seules limites que nous avons identifiées comme "immuables" sont celles concernant la sécurité (attacher sa ceinture en voiture, ne pas toucher aux prises de courant...), la santé (prendre ses médicaments, brosser ses dents...), ainsi que le respect de l'intégrité et des besoins d'autrui (ne pas taper, attendre son tour sans hurler d'impatience...). Ce sont aussi, d'ailleurs, les seules occasions où nous nous autorisions à recourir à la force physique.
Toutes les autres limites ont été - et sont toujours, dans une certaine mesure - flexibles et négociables, adaptables au seuil de tolérance de chacun, lui aussi fluctuant... L'objectif étant de trouver, autant que possible, des solutions "gagnant/gagnant" (concept développé entre autres par Thomas Gordon dans son livre Parents efficaces).
Les enfants apprennent essentiellement par imitation, et leur comportement est bien souvent le reflet de la façon dont ils sont traités. Avec un petit dont les mots préférés sont "non !" et "pas !", il peut être pertinent de réfléchir à notre propre façon de communiquer...
Faites un test : essayez, pendant toute une journée, de vous abstenir de dire non à votre enfant, et de présenter vos demandes sur un mode positif :
- "Oui, tu aimerais jouer avec moi. Ce sera possible dès que j'aurais fini de préparer le repas."
- " Je suis d'accord, c'est très énervant de devoir arrêter de jouer pour aller chez le médecin... C'est important pour ta santé, nous n'avons pas le choix. Mais ensuite, nous prendrons un bon goûter !"
- "Le four est brûlant, tu pourrais te faire très mal si tu y touches. Regarde ce nouveau livre ! Veux-tu que nous le lisions ensemble ?"
Essayez... Si vous êtes comme moi, vous allez en tirer des conclusions... intéressantes.
L'avantage avec un enfant de cet âge, c'est que le jeu et le plaisir sont des arguments puissants. Pour sortir d'une situation conflictuelle, chantez, riez, chahutez... cela détendra tout le monde !
Abusez aussi du pouvoir des questions fermées. Puisque votre enfant entend affirmer sa volonté, laissez-le faire des choix... mais limités : "Est-ce que tu veux te coiffer ici ou dans la salle de bains ?" (et non pas "Tu viens te coiffer ?"), "Est-ce que tu préfères mettre cette robe ou ce pantalon ?" (et non pas "Est-ce que tu veux bien t'habiller ?"), etc.
Pour tous les moments devenus délicats à négocier (change, toilette, habillage...), vous pouvez prévoir de lui donner à manipuler un objet très intéressant, quelque chose auquel il n'a pas accès le reste du temps par exemple. Et, bien sûr, toujours lui proposer d'abord de faire par lui-même...
Voilà, je pense mettre assez étendue sur le sujet. Je vous souhaite sincèrement bon courage avec votre "deuzans"...
Quant à moi, j'attends la suite avec le prochain numéro...!
10 septembre 2010
Perfection, pression... culpabilité
J'ai envie d’en parler car je pense que ce sentiment est, chez nous les mères, à la fois extrêmement répandu et particulièrement toxique pour nos relations, en premier lieu avec nos enfants.
Bien sûr, la société est par essence culpabilisante avec nous. Allaiter ou non, travailler ou non, fusionner ou non, laisser pleurer son bébé ou non… il y a toujours, de toute façon, quelque chose que nous faisons mal.
A une amie qui évoquait le fait que son fils de 3 ans passés demande toujours une couche pour faire caca, il a été répondu que "ne pas vouloir lâcher son caca, c'est de l'insécurité en rapport avec la mère". Voilà ! La messe est dite, et la mère forcément coupable.
Pour ma part, je m'affranchis assez facilement - il me semble - des normes que la société voudrait nous imposer, ce qui m'a permis de faire des choix que d'aucuns jugent marginaux (allaitement long, cododo, pas de punition, par exemple).
Cependant, je ne me leurre pas du tout sur le pouvoir hautement culpabilisant de cet autre fléau : ma propre image de la mère idéale, qui tient à mon vécu d'enfant, de femme, de mère...
De nature perfectionniste, je dois faire un énorme travail sur moi-même pour ne pas me mettre une pression constante, pour accepter que mal faire, parfois, est juste humain et pas fondamentalement grave.
Ainsi lorsque je gère mal une situation avec les enfants - lorsque je crie par exemple - j’en souffre beaucoup sur le moment (et je m’en excuse toujours auprès d’eux) mais j’essaye de ne pas trop ressasser, de passer rapidement à une phase de recul et de recherche de solutions.
En effet, le premier problème avec la culpabilité, c’est qu’elle nous "bouffe" une énergie que nous aurions bien meilleur profit à utiliser pour nous remettre en question de manière positive et constructive.
La culpabilité est sclérosante, elle nous empêche d'avancer en nous tirant toujours vers le bas.
Car paradoxalement, vivre le meilleur de nos capacités passe par le fait d'accepter que nous faisons avec ce que nous sommes, avec ce que nous savons et avec les moyens que nous avons, à un moment donné.
Devenir capable de cette indulgence envers nous-mêmes, c’est gagner une forme de légèreté, de liberté, et finalement de paix.
Montrer nos faiblesses à nos enfants (mais pas seulement : les assumer et porter un regard bienveillant sur elles, avant de chercher éventuellement à les dépasser), c’est leur offrir le droit de grandir en acceptant pleinement les leurs, et de se construire dans un profond respect d’eux-mêmes.
La culpabilité découle donc directement de la pression que nous mettons sur nos épaules, et de notre fantasme de perfection en tant que mère.
Or ce fantasme, s'il nous éloigne trop de ce que nous sommes et de ce que nous souhaitons profondément, peut facilement nous amener (inconsciemment ou non) à une exigence de perfection pour nos enfants eux-mêmes, ce qui est un autre problème.
D’une mère à son enfant, les remarques du style "après tout ce que j'ai fait pour toi !" me glacent le sang... Epargnons-nous, épargnons-leur de les penser un jour.
Il y a de toute façon une part d'humilité nécessaire, je trouve, dans le fait d'accepter que nos enfants vivent et grandissent pour eux-mêmes, que nous sommes leurs accompagnants, au mieux leurs guides, et que leurs erreurs seront... simplement les leurs !
En conclusion, voilà ce que je constate : parmi mes amies, les plus épanouies sont celles qui assument le plus leur situation (qu'elles allaitent ou pas, qu'elles travaillent ou pas...) et qui traitent leurs imperfections avec humour.
Et inutile de préciser que tous leurs enfants vont très bien !
Alors, répétez toutes après moi : Chouette ! Je suis imparfaite !!
27 août 2010
Débuter en Montessori, à la maison #2
ATTITUDE DE L'EDUCATEUR
Pour cette série de billets sur les débuts avec la pédagogie Montessori, il m'a semblé important de traiter cette question de notre attitude face à l'enfant.
En effet, prendre soin de l'ambiance, favoriser l'autonomie de l'enfant, lui proposer des activités stimulantes et adaptées, ne sont que des moyens, aussi essentiels soient-ils... C'est bien la justesse de notre attitude, en tant qu'éducateur, qui donne sens à toutes ces étapes de préparation.
1. Offrir l'ordre à l'enfant
La période sensible de l'ordre est extrêmement forte entre 0 et 2 ans (et dure bien au-delà !), et ce besoin fondamental se manifeste à tous niveaux.
Il nous faut respecter profondément cette attente de l'enfant, en lui offrant beaucoup de constance dans sa vie, dans ses rythmes (importance des rituels), mais aussi au niveau des personnes qui s'occupent de lui.
Tout cela lui permet de construire son ordre intérieur, une confiance en lui et une stabilité qui le serviront sa vie durant.
2. Placer l'enfant au coeur de la vie
Tous les enfants cherchent, de façon très spontanée, à participer à la vie quotidienne qui se joue autour d'eux. Il s'agit d'un moyen, naturel et bien légitime, de comprendre le monde et d'y prendre une part active !
Pour respecter et encourager cela, nous pouvons nous mettre à leur écoute et accueillir leurs initiatives avec bienveillance.
Dès son plus jeune âge (18 mois, peut-être), un enfant peut être impliqué dans les tâches quotidiennes : aider à la préparation des repas (prévoir un petit plan de travail à sa hauteur, et des ustensiles à sa taille), laver et étendre le linge, faire le ménage... tout cela à nos côtés.
Il en sera très fier !
Avant cet âge (et après...), un bébé sera heureux d'être porté - dans une écharpe, par exemple - et d'observer ainsi, à bonne hauteur, la vie de tous les jours.
3. Se mettre au niveau de l'enfant
De manière générale, lorsque nous montrons à un enfant une façon de procéder (cela est valable pour tout), il convient de le faire très très lentement... le plus lentement possible, avec douceur et patience, en se mettant à son niveau et en décortiquant bien chaque geste.
Les enfants apprennent avant tout par imitation, mais le monde va très (trop) vite pour eux ! Se mettre au rythme d'un enfant, c'est accepter de ralentir...
Ensuite, le laisser s'entraîner, tout le temps nécessaire, ce qui signifie aussi accepter qu'il "se trompe" ou commette des maladresses, et accueillir sa frustration.
4. Respecter le travail de l'enfant
Manifester du respect pour un enfant, cela passe beaucoup - à son niveau - par le fait de ne pas interrompre son activité, quelle qu'elle soit (car ce n'est pas à nous de juger de son importance...).
Bien sûr, il est des impératifs et des obligations qui ne nous laissent pas le choix ; dans ces cas-là et dans la mesure du possible, il faut essayer de prévenir l'enfant suffisamment à l'avance qu'il va devoir arrêter son activité.
Ensuite vient une étape que je trouve plus délicate à franchir en tant que parent, sans doute parce que la plupart d'entre nous n'a pas eu la chance de connaître cette forme de respect étant enfant, et que cela nous demande un réel travail sur nous-mêmes de nous détacher de ce "modèle"...
En général, les parents comprennent aisément qu'il ne faut pas punir un enfant - ou bien se moquer de lui - s'il ne réussit pas parfaitement quelque chose.
Il faut aller plus loin en bannissant également les félicitations et les encouragements trop appuyés...
L'enfant travaille pour lui-même, pour la satisfaction de son besoin intérieur.
Un enfant qui cherche l'approbation dans le regard de l'adulte est en quelque sorte "brouillé" avec sa volonté et la force vitale de son développement qui devraient, seules, le guider.
Cela n'empêche pas de rester spontané, bien sûr ! Mais les bravos à outrance n'aident pas un enfant... Mieux vaut décrire ce que l'on voit "Tu as versé l'eau sans en mettre une goutte à côté", ou bien ne rien dire, et observer la fierté dans ses yeux.
La juste place de l'éducateur se situe quelque part entre le retrait et la disponibilité...
Il est, je crois, assez évident qu'il ne faut jamais obliger l'enfant à une activité.
Nous pouvons être moteurs, parfois, avoir une force de proposition si nous jugeons cela nécessaire, mais surtout ne jamais rien imposer.
De la même manière, il est inutile de devancer une éventuelle demande de l'enfant en cherchant à l'aider s'il n'en émet pas le souhait.
Tout un apprentissage et tout un programme, auxquels il convient d'ajouter le droit d'être imparfaits, car c'est comme cela, aussi, que nos enfants apprennent la vie...
A suivre : "Proposition d'activités"...
8 août 2010
Le sommeil partagé

"Je suis allongée de côté, pointes de sein tendues vers le bébé. Il se sert, lové sur mon bras. Claquements de langue, bruits mouillés, fil de salive sur l'oreiller. Sous le drap, le terrier : trois mammifères." Marie Darrieussecq, Le bébé.
Alexandre dort dans notre chambre depuis sa naissance.
Son matelas et le nôtre sont posés au sol, l'un contre l'autre.
Comme il tète toujours beaucoup la nuit, cette situation me préserve d'une trop grande fatigue. S'il est tout contre moi, je suis capable de l'allaiter sans même me réveiller ! Dans les autres cas, je me rendors immédiatement, mon sommeil étant protégé par le fait que je ne quitte pas la position allongée (et par les hormones).
Cette situation est parfaitement souhaitée et assumée, par son père et par moi... Garder notre bébé près de nous, le jour et la nuit, correspond à notre vision du "parentage".
Lorsque nous le sentirons prêt à être sevré de nuit (pour Emma, ce fut le cas à 17 mois), et sous réserve qu'elle soit d'accord à ce moment-là, nous passerons son lit dans la chambre de sa grande soeur.
Catherine Piraud-Rouet, dans son livre Planète Maternage, liste les bienfaits du co-sleeping :
- Donner à l'enfant un sentiment de sécurité
- Un meilleur repos pour tous
- Le plaisir et la confiance induits par la proximité intense parent-enfant
- Un allaitement facilité
- Une adaptation rapide à tous les changements de la vie quotidienne
- Loin d'être un danger, un gage de sécurité accrue pour le bébé
- A long terme, les enfants du co-sleeping sont mieux dans leur peau que la moyenne
Pour en apprendre plus sur le sommeil partagé (et, éventuellement, vous déculpabiliser !), je vous conseille deux ouvrages excellents :

- Partager le sommeil de son enfant de Claude-Suzanne Didierjean-Jouveau

- Dormir avec son bébé de Nathalie Roques
Le site de Nathalie Roques, cododo.free, est le plus complet sur le sujet (en français).
L'un de mes sites de référence, maternage.free, en parle aussi longuement : ici.
Enfin, si vous êtes anglophone, vous pouvez consulter le site présentant les recherches scientifiques de James McKenna, LE spécialiste mondial du co-sleeping.
Pour finir, un document à consulter absolument pour la sécurité de votre bébé : Partager un lit avec votre bébé.
Bonne nuit à tous !



