Je trouve cette question des punitions et des récompenses plus complexe qu'il n'y parait. Car choisir d'éduquer un enfant sans bâton ni carotte implique de trouver des alternatives acceptables, en de multiples petites occasions du quotidien.
Dans son livre
le concept du continuum, Jean Liedloff écrit qu'
un enfant nait naturellement bon, sociable, serviable, et s'attend à être traité comme tel. Je trouve que c'est un bon postulat.
Changer le regard que nous posons sur nos enfants, sur leurs actes, est une étape décisive. Si nous pensons très sincèrement qu'ils sont profondément bons, si nous nous attendons à ce qu'ils agissent de manière appropriée (dans la mesure des moyens qui leur sont donnés), alors nous les traiterons avec amour et respect. Nous trouverons les clés pour les accompagner dans leur découverte du monde, de la vie en société et de ses règles.
Il existe de nombreuses formes de punitions, dont l'exclusion, la privation, l'humiliation... Toutes ces méthodes, auxquelles j'ajoute l'usage de récompenses, sont des moyens de manipuler l'enfant et de le formater, ce qui revient à bafouer sa nature profonde.
De nombreux parents les utilisent en toute bonne foi, dans le but avoué d'apprendre à leur enfant la bonne façon de se comporter dans une situation donnée, et de lui donner les armes pour savoir s'adapter (c'est-à-dire pour être accepté).
Certes, les enfants ont un besoin vital de limites claires et justes, et notre rôle de parent est de leur apprendre un certain nombre de règles de vie. Mais les punitions et les récompenses sont un piètre moyen d'y parvenir, les privant d'autant d'occasions de réfléchir par eux-mêmes et donc de bien intégrer ces limites et ces règles.
Pour ma part, j'aimerais beaucoup que mes enfants se sentent libres, qu'ils soient capables de faire des choix éclairés, en premier lieu pour eux-mêmes, et qu'ils aient confiance en leur propre jugement. Ce sont ces armes-là qui à mon sens les rendront forts face aux épreuves et aux défis qu'ils rencontreront dans leur vie.
Or les punitions (même accompagnées d'explications) n'apprennent que la peur, l'évitement, la honte et la soumission. Ces sentiments, ressentis par l'enfant puni ou humilié, ne laissent aucune place à un dépassement de soi positif et constructif.
Cet enfant, aux prises avec des émotions violentes et paralysantes, va (au mieux...) apprendre à se conformer à ce que l'on attend de lui, passivement, sans possibilité de prendre du recul ni de réfléchir.
De plus, si ces sentiments négatifs sont trop souvent ressentis par l'enfant, ils cristallisent chez lui une angoisse, une violence et une tendance à la soumission à vie.
Les récompenses pourraient sembler plus douces, en réalité elles ne sont qu'une forme assez similaire de manipulation, qui brouille l'enfant avec sa volonté intérieure et lui ôte la possibilité d'exercer son libre arbitre.
De plus, la promesse d'une récompense engendre la peur de l'échec, qui sera lui-même vécu comme une punition...
Un enfant souhaite avant tout comprendre le monde et y trouver sa place. S'il a un comportement inadapté, ce peut être parce qu'il manque d'informations (sur l'attitude à adopter dans une situation précise, la manière d'utiliser un objet...), ou que les informations dont il dispose ne sont pas adaptées à son niveau de compréhension. Il est de toute façon utile de conserver à l'esprit que la répétition est le propre de l'éducation... et que les explications seront intégrées d'autant mieux et plus rapidement qu'elles seront données avec bienveillance, patience et respect.
Très souvent aussi, un comportement inapproprié est la manifestation de besoins de base inassouvis (dont la faim, la soif, le sommeil, la tendresse et l'attention). Un bon moyen de prévention est donc de se montrer attentif à ces besoins, et de chercher à les combler dès qu'ils surviennent : fatiguant mais payant !
Emma, typiquement, peut faire de véritables crises de rage (d'aucuns diraient des "caprices") lorsqu'elle est affamée...
Un autre point important est de bien connaître le développement "normal" d'un enfant. Cela permet d'évaluer de façon juste ce qu'il est raisonnable et légitime d'attendre d'un enfant, en fonction de son âge notamment.
Ainsi, un bébé de 18 mois qui touche à tout dans la maison cherche simplement à satisfaire son besoin d'explorer. Si un objet de valeur vient à être cassé, ce n'est probablement pas l'enfant qu'il faudra blâmer...
Avant 3 ans, un enfant n'est guère capable de prêter ses affaires.
Avant 7 ans, il lui sera difficile de ranger sa chambre sans aide.
Etc.
Concrètement, quand je ne sais trop comment gérer une situation avec mes enfants, je me demande assez systématiquement ce que je ressentirais à leur place et de quelle façon j'aimerais être traitée, en tant qu'être humain naturellement bon et coopératif...
Je crois aussi beaucoup à l'intérêt de laisser l'enfant découvrir (puis assumer) la
conséquence naturelle de ses actes et de ses erreurs, ce dans un cadre bienveillant. Cela lui offre une excellente opportunité de réfléchir et de trouver des solutions par lui-même.
Un petit enfant qui renverse malencontreusement son verre ressent probablement de la frustration, de la colère ou de la honte, et il attend sans doute de l'adulte qu'il manifeste de l'empathie et lui montre de quelle façon il peut réparer sa maladresse.
Les sentiments désagréables qui accompagnent son geste sont une "punition" suffisante, à laquelle il semble bien inutile d'ajouter l'humiliation.
Mais si le geste est intentionnel et répété, peut-être faudra-t-il interdire pour un temps à cet enfant l'usage de verres cassables...
Si l'un de mes enfants abîme ou casse quelque chose qui lui appartient, un jouet par exemple, je me dis que c'est surtout dommage pour lui et, dans l'hypothèse où le geste était délibéré, je me garde bien d'en racheter un semblable.
Un enfant qui tape ou qui mord ressent probablement de la colère, ou bien il tente d'exprimer le fait que l'un de ses besoins n'est pas comblé.
Lorsque cela arrive chez nous, je m'éloigne avec la victime et la console. J'estime que la privation d'attention à ce moment-là est pour l'agresseur une "leçon" suffisante.
De la même façon, si je suis la victime, je n'ai, naturellement et momentanément, plus envie de m'occuper de celui ou de celle qui m'a tapée.
Dans un second temps, lorsque tout le monde est calmé, je rappelle la règle avec fermeté : "Si tu es en colère ou si tu as un problème, tu dois le dire avec des mots. Ta petite main n'est pas faite pour frapper, tu dois la retenir."
Catherine Dumonteil-Kremer raconte que lorsque l'une de ses filles (alors très jeune) mordait beaucoup, elle la "filait au train" pour l'empêcher de passer à l'acte : prévenir plutôt que sévir...
Il y aurait bien sûr une infinité d'exemples, et sans doute autant de solutions.
L'approche montessorienne exclut tout usage des punitions et des récompenses.
Dans une classe Montessori, tout est pensé pour que l'enfant parvienne à une
auto-discipline, pour qu'il "se normalise" : l'environnement est préparé pour qu'il y trouve de quoi satisfaire son besoin intérieur, les règles sont simples et les mêmes pour tout le monde (ranger son activité avant d'en prendre une autre, se déplacer dans un but précis, ne pas déranger les autres enfants ni la maîtresse, chuchoter...), et bien sûr absence totale de système de notation.
Pour finir, quelques suggestions de lectures :

Jan Hunt traite de cette question dans son excellent livre
La véritable nature de l'enfant - Choisir l'amour pour guide, avec notamment un article intitulé "Dix alternatives aux punitions".

Jean-Philippe Faure est formateur en Communication Non Violente. Son livre
Eduquer sans punitions ni récompenses propose une approche globale de l'éducation, et plus particulièrement de l'enseignement, qui permet de sortir du schéma punitions-récompenses.

Et toujours "Ecouter pour que les enfants parlent, parler pour que les enfants" de Faber & Mazlish, qui consacre un chapitre entier à cette question : "Remplacer les punitions".
Je rajoute deux propositions d'Agnès (Cf. commentaires) :

- Eduquer sans punir de Thomas Gordon : "très éclairant sur les différents effets des punitions et récompenses, mais aussi des compliments et critiques"

- Sanctionner sans punir - Dire les règles pour vivre ensemble d'Elisabeth Maheu : "un livre un peu rébarbatif mais très riche, qui explore ce thème de façon très approfondie. Il pose la définition de punition, en la distinguant bien des conséquences négatives des actes, ou de la nécessité de poser une limite. Et les exemples ne cherchent pas la facilité, en parlant du quotidien difficile dans les collèges ou avec des ados. Et c'est un livre facile à prêter, car il n'est pas "angélique", dans le sens où il ne part pas du principe que les enfants sont bons, mais s'appuie sur les conséquences négatives des punitions et recherche comment les éviter."