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2 février 2011

Les émotions

Nous sommes des êtres d'émotions. Savoir les reconnaître et les accueillir est un pas décisif vers la connaissance et l'acceptation de soi.
En tant que parents, nous avons un rôle important à jouer dans l'accompagnement de nos enfants au long de cet apprentissage : nous pouvons les aider à vivre en paix avec leurs émotions, c'est-à-dire en harmonie avec eux-mêmes.

Sur ce sujet, il est un ouvrage que tout éducateur devrait avoir lu à mon sens, tant il est accessible et aidant, concrètement :


Extraits :

"L'enfant est une personne. L'émotion est au coeur de l'individu, c'est l'expression de sa Vie. Savoir l'écouter, la respecter, c'est écouter sa personne, la respecter.
Les parents sont souvent démunis devant l'intensité des affects de leurs enfants, ils cherchent volontiers à les calmer, à faire taire les cris, les larmes, l'expression de l'émoi. Or, l'émotion a un sens, une intention. Elle est guérissante. Les décharges émotionnelles sont le moyen de se libérer des conséquences d'expériences douloureuses. Au contraire, [...] la répression des émotions est nocive. Elle nous entraîne dans toutes sortes de processus défensifs, de répétitions douloureuses, de compulsions et de symptômes physiques.
Il est urgent d'apprendre à identifier, à nommer, à comprendre, à exprimer, à utiliser positivement les émotions, sous peine d'en devenir esclaves, pour le bonheur de nos enfants et des adultes qu'ils deviendront.
"

"Sentiments agréables ou non, pensées agréables ou non, comportements adaptés ou non, reconnaître ses émotions, c'est s'accepter comme on est, c'est construire la confiance en soi.
La conscience de soi se construit au fur et à mesure des expériences et pour autant que les émotions soient entendues, approuvées et parlées. Au contraire, quand l'environnement (parents, enseignants...) nie systématiquement les sentiments, refuse d'entendre, ridiculise les émotions... l'enfant en arrive à penser que ce qu'il ressent, pense et fait n'est pas conforme à ce que ses parents attendent.
[...]
Nous avons tous des émotions. Et nous ressentons tous les mêmes émotions dans les mêmes circonstances. Tous les humains sont physiologiquement semblables. Nous nous sommes tous un jour sentis tristes, las, effarés, terrifiés, furieux, haineux, coupables, honteux, exclus, jaloux, envieux, soulagés, ou heureux... Mais comme personne ne parle jamais de ses sentiments profonds, chacun se sent seul à vivre ce qu'il vit.
[...]
On croit souvent que la répression des pulsions sert la vie en collectivité et que, si tout le monde "s'écoutait", on ne pourrait plus vivre ensemble. Regardons la réalité, le taux actuel de violence nous montre que la route de la répression n'est pas la bonne. Le déni, la non-prise en compte, la non-écoute des émotions, ne font que les enfermer dans une Cocotte-Minute. Quand les soupapes deviennent insuffisantes, le couvercle saute.
[...]
En reconnaissant en soi ses affects, en les acceptant, en apprenant à les tolérer sans avoir peur d'être détruit par eux, en mettant des mots dessus, on peut demeurer conscient de la totalité de soi sans avoir à les vivre en actes.
Il est important de montrer à l'enfant que la reconnaissance et l'expression
verbale de ses impulsions les plus violentes ne détruisent ni la relation, ni la personne."

Je pense que je reparlerai de ce sujet des émotions, il y aurait tant à dire !

Pour ma très sensible petite puce, qui est capable de pleurer à chaudes larmes en écoutant "Ne pleure pas Jeannette" ou "A la volette" (parce que le petit oiseau s'est blessé...), j'ai fabriqué un jeu qui consiste à placer des visages humains exprimant des émotions sur les "cartes-smileys" correspondantes :

Joie, colère...

... tristesse et peur



C'est un exercice difficile (même mon homme, que j'aime prendre comme cobaye pour tester mes activités, a hésité à plusieurs reprises), et Emma n'est pour l'instant jamais allée jusqu'au bout.
Cela n'a aucune importance car, bien au-delà d'un simple jeu de classement, l'objectif est ici de libérer la parole :

- "Pourquoi il est triste le petit garçon, maman ?"
- "A ton avis, pourquoi, ma puce ?"
- "... Parce que sa copine est malade..." (sic)

- "Et pourquoi elle est en colère cette dame ?"
- "A ton avis ?"
- "Parce que son petit frère l'a tapée !" (re-sic)

Poser des mots, toujours...

24 janvier 2011

Dans le calme

La première fois que j'ai crié sur Emma, j'étais enceinte et très fatiguée.
C'est arrivé "bêtement", au détour d'une situation banale.
J'avais envie d'une bonne douche, pour me détendre et me vider la tête. Et j'avais surtout besoin d'être parfaitement tranquille pendant quelques minutes. Mais, même après mes explications et une longue négociation, ma puce n'a jamais consenti à m'accorder cette petite pause tant espérée. J'ai pris ma douche quand même, en subissant les pleurs et les cris de mon Emma cherchant à me rejoindre sous l'eau. Alors, mes nerfs ont dû lâcher, je me suis mise à hurler. Longtemps... Je ne parvenais plus à m'arrêter. J'étais littéralement "hors de moi", à la fois sidérée par cette violence que je déversais sur mon enfant et soulagée.
Je n'avais rien vu venir, vraiment rien.
Lorsque je me suis calmée, j'ai immédiatement éprouvé une douleur et une culpabilité immenses. Emma avait de la terreur dans les yeux. Je l'ai prise dans mes bras, et nous avons pleuré. Puis je me suis excusée.
J'ai ensuite eu mal au ventre pendant deux jours...

La naissance d'Alexandre a marqué le début d'une des périodes les plus difficiles de ma vie, en terme de fatigue physique et émotionnelle. Je me sentais dépassée, j'étais en proie à des crises de panique lorsque mes deux enfants pleuraient en même temps. Je finissais souvent mes journées comme tétanisée, presque incapable de bouger.
Et je criais, de plus en plus.

A cette époque, je pense être passée très près de ce "burn-out maternel" que Violaine Guéritault décrit admirablement dans son livre La fatigue émotionnelle et physique des mères :


Et puis, progressivement, mon bébé a commencé à trouver son rythme, Emma est allée régulièrement à la garderie... J'ai pris du recul, et commencé un long travail sur moi-même.

Pourquoi je vous raconte tout cela ?
Parce que cette période noire est derrière nous, et que je touche du doigt aujourd'hui mon idéal de vie dans le calme.
Je continue à trouver difficiles mes journées en compagnie des enfants. Simplement parce qu'ils sont... des enfants, par essence exigeants et proches de leurs émotions. Parce qu'ils ont du mal à différer leurs envies et à gérer leur frustration.
Mais, globalement, je me sens forte.
Le chemin pour y parvenir fut long et sinueux, les retours en arrière nombreux. Ma remise en question s'est nourrie de lectures et d'échanges, elle aurait été impossible sans l'aide et le soutien de mes proches, à commencer par ceux de mon homme.

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Les quelques trucs que je pense avoir appris ou compris, les voici :

L'on peut aimer profondément ses enfants et leur faire violence, pourtant.
Parce que nous sommes humains, donc imparfaits, et que nous avons tous un passé qui nous gouverne.
En prendre conscience force beaucoup l'humilité...

La violence est un engrenage.
Les cris appellent les cris.
La nature humaine est ainsi faite que, selon un principe que nous pourrions appeler l'habituation, notre sensibilité à certaines situations ou certains phénomènes s'amenuise lorsque nous sommes en contact prolongé et/ou répété avec eux.
Ainsi la violence, qui dans un premier temps nous révolte et nous alarme, peut finir par nous sembler "normale" si nous la subissons au quotidien.
Il semble que cette spirale de la violence soit en oeuvre dans le processus qui conduit à la maltraitance : les cris, puis les tapes, puis les coups, puis la maltraitance caractérisée (ce qui ne sous-entend pas, évidemment, que tous les parents qui crient finiront maltraitants).
Après tout, il est plus facile d'enfoncer une porte entrouverte qu'une porte fermée...

La colère d'un adulte terrorise un enfant.
Lorsque nous sommes "hors de nous", notre visage, nos gestes, notre corps et son langage se modifient. Toute notre personne devient menace pour l'enfant, qui a une conscience aiguë de notre ascendance physique et psychologique.
Etre témoin de cette terreur dans le regard d'un enfant est un choc violent.

Chercher à combler rapidement les besoins de base de nos enfants est un bon calcul.
Parce qu'un enfant qui a faim, soif, sommeil, besoin de contact ou d'attention va certainement manifester son mal-être de façon bruyante et désordonnée, mettant nos nerfs à rude épreuve.

Comprendre et respecter nos propres besoins est aussi une priorité.
Nous ne sommes plus des enfants, certes, mais nous déconnecter de nos besoins, par abnégation ou simple impression de manquer de temps, est une mauvaise idée.
Notre énergie est précieuse ! Manger et boire lorsque le besoin s'en fait sentir, se reposer suffisamment, sont les moyens les plus efficaces de la préserver.
Quant à notre "réservoir affectif", s'il est vide, nous n'avons plus rien à donner et tout le monde est perdant.
J'attends de mes enfants qu'ils respectent mes besoins, au maximum de leurs capacités. Pour cela, je les leur exprime clairement, en me mettant à leur niveau. J'ai remarqué que plus je me sens légitime à les satisfaire, moins cela pose problème. Certainement parce que les enfants, ressentant notre malaise ou notre culpabilité, cherchent à les comprendre en appuyant "là où ça fait mal"...

Etre honnête et sincère, en premier lieu avec soi-même, est essentiel.
Les limites que je pose à mes enfants ne sont pas arbitraires, mais en rapport direct avec mon ressenti, dans une situation donnée. Elles peuvent donc être fluctuantes. A mes yeux, la cohérence tient toute entière dans la sincérité de ma réponse, à ce moment précis. Par exemple, si je demande que le bruit cesse alors qu'il ne me dérangeait pas 5 minutes auparavant, j'explique simplement que je ne le supporte plus et que c'est comme ça...
Si je n'ai pas envie de jouer, je ne me force pas "parce qu'une bonne maman le ferait". Je propose de reporter ce temps ensemble... et je tiens parole.
Une autre chose que j'ai découverte, c'est à quel point il est important d'être cohérent avec nos ressentis, en particulier au niveau du ton sur lequel nous les exprimons. Auparavant, j'avais tendance à vouloir masquer ma colère (dans un objectif de non-violence) en conservant un timbre de voix égal et doux. Le problème était que, lorsque cette colère devenait trop importante et finissait par sortir, elle paraissait totalement disproportionnée et incohérente.
Aujourd'hui si je suis en colère, je hausse le ton sensiblement, tout de suite. Outre le fait que cela soulage déjà un peu, cela évite le passage sans transition du "parler doux" au hurlement...
Je trouve cette cohérence vraiment beaucoup plus respectueuse de mes enfants et de moi-même.

Avoir besoin d'aide et en demander n'est pas honteux.
C'est même à mes yeux une preuve d'intelligence et de clairvoyance...

Nos états émotionnels sont transitoires.
Voici ce qu'en dit Sarah Napthali dans son ouvrage S'occuper de soi et de ses enfants dans le calme - Bouddhisme pour les mères :


"Je remarque que lorsque je suis au plus bas sur le plan émotionnel, j'ai tendance à avoir une vision totalement négative : tout est terrible, il en a toujours été ainsi et le sera toujours et tout est ma faute - et celle de tous les autres aussi ! Quand je retrouve une humeur plus légère, cela me parait rétrospectivement presque comique, mais sur l'instant, je crois à ces pensées. En mettant l'accent sur l'impermanence, le bouddhisme nous aide dans ces moments-là à reconnaître que cette humeur passera, que nous ne resterons pas longtemps dans cet état et que nous pourrons peut-être nous sentir tout à fait heureux, ne serait-ce que quelques heures plus tard ; nous pouvons supporter cette situation dans l'immédiat et éviter de lui accorder une trop grande importance.
L'enseignement de l'impermanence est un cadeau pour nos enfants aussi, même quand ils sont très jeunes. Nous pouvons nous servir de notre compréhension de l'impermanence pour les aider quand ils viennent de subir des émotions pénibles - nous pouvons leur parler de ce qu'ils ont ressenti, de la transformation, en l'espace de quelques minutes, de cette émotion en une autre. Dès lors, ils apprendront que les zones d'ombre où ils trébuchent n'ont pas de prise durable sur eux
."

Nos émotions doivent être écoutées.
Il est bon aussi qu'elles soient exprimées. Pour reprendre l'exemple de la colère, si je la sens monter en moi et que cela est possible, je m'isole et je la laisse sortir, en criant ou en tapant sur des coussins. Il m'arrive aussi régulièrement d'appeler quelqu'un auprès duquel je sais pouvoir trouver une écoute attentive, respectueuse et bienveillante. Parler, quel remède miraculeux !
Ce qui fonctionne également de mieux en mieux pour moi, c'est l'acceptation totale de cet état de colère, que je laisse m'envahir en silence, yeux fermés, en me répétant quelque chose comme "tu as toutes les raisons d'être en colère !" : auto-empathie bienfaisante...

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Hier a été une journée difficile. Alexandre est en adaptation à la garderie et, même si cela se passe bien, cette étape reste un peu difficile à gérer pour lui. Emma était fatiguée mais refusait, comme toujours, de se reposer. J'ai écouté leurs états d'âme du mieux que j'ai pu, exprimé mon ras-le-bol à plusieurs reprises... Une journée difficile, mais je n'ai pas crié : une petite victoire qui vaut tout l'or du monde à mes yeux.

15 décembre 2010

Sans punitions ni récompenses

Je trouve cette question des punitions et des récompenses plus complexe qu'il n'y parait. Car choisir d'éduquer un enfant sans bâton ni carotte implique de trouver des alternatives acceptables, en de multiples petites occasions du quotidien.

Dans son livre le concept du continuum, Jean Liedloff écrit qu'un enfant nait naturellement bon, sociable, serviable, et s'attend à être traité comme tel. Je trouve que c'est un bon postulat.
Changer le regard que nous posons sur nos enfants, sur leurs actes, est une étape décisive. Si nous pensons très sincèrement qu'ils sont profondément bons, si nous nous attendons à ce qu'ils agissent de manière appropriée (dans la mesure des moyens qui leur sont donnés), alors nous les traiterons avec amour et respect. Nous trouverons les clés pour les accompagner dans leur découverte du monde, de la vie en société et de ses règles.

Il existe de nombreuses formes de punitions, dont l'exclusion, la privation, l'humiliation... Toutes ces méthodes, auxquelles j'ajoute l'usage de récompenses, sont des moyens de manipuler l'enfant et de le formater, ce qui revient à bafouer sa nature profonde.
De nombreux parents les utilisent en toute bonne foi, dans le but avoué d'apprendre à leur enfant la bonne façon de se comporter dans une situation donnée, et de lui donner les armes pour savoir s'adapter (c'est-à-dire pour être accepté).
Certes, les enfants ont un besoin vital de limites claires et justes, et notre rôle de parent est de leur apprendre un certain nombre de règles de vie. Mais les punitions et les récompenses sont un piètre moyen d'y parvenir, les privant d'autant d'occasions de réfléchir par eux-mêmes et donc de bien intégrer ces limites et ces règles.

Pour ma part, j'aimerais beaucoup que mes enfants se sentent libres, qu'ils soient capables de faire des choix éclairés, en premier lieu pour eux-mêmes, et qu'ils aient confiance en leur propre jugement. Ce sont ces armes-là qui à mon sens les rendront forts face aux épreuves et aux défis qu'ils rencontreront dans leur vie.

Or les punitions (même accompagnées d'explications) n'apprennent que la peur, l'évitement, la honte et la soumission. Ces sentiments, ressentis par l'enfant puni ou humilié, ne laissent aucune place à un dépassement de soi positif et constructif.
Cet enfant, aux prises avec des émotions violentes et paralysantes, va (au mieux...) apprendre à se conformer à ce que l'on attend de lui, passivement, sans possibilité de prendre du recul ni de réfléchir.
De plus, si ces sentiments négatifs sont trop souvent ressentis par l'enfant, ils cristallisent chez lui une angoisse, une violence et une tendance à la soumission à vie.
Les récompenses pourraient sembler plus douces, en réalité elles ne sont qu'une forme assez similaire de manipulation, qui brouille l'enfant avec sa volonté intérieure et lui ôte la possibilité d'exercer son libre arbitre.
De plus, la promesse d'une récompense engendre la peur de l'échec, qui sera lui-même vécu comme une punition...

Un enfant souhaite avant tout comprendre le monde et y trouver sa place. S'il a un comportement inadapté, ce peut être parce qu'il manque d'informations (sur l'attitude à adopter dans une situation précise, la manière d'utiliser un objet...), ou que les informations dont il dispose ne sont pas adaptées à son niveau de compréhension. Il est de toute façon utile de conserver à l'esprit que la répétition est le propre de l'éducation... et que les explications seront intégrées d'autant mieux et plus rapidement qu'elles seront données avec bienveillance, patience et respect.
Très souvent aussi, un comportement inapproprié est la manifestation de besoins de base inassouvis (dont la faim, la soif, le sommeil, la tendresse et l'attention). Un bon moyen de prévention est donc de se montrer attentif à ces besoins, et de chercher à les combler dès qu'ils surviennent : fatiguant mais payant !
Emma, typiquement, peut faire de véritables crises de rage (d'aucuns diraient des "caprices") lorsqu'elle est affamée...

Un autre point important est de bien connaître le développement "normal" d'un enfant. Cela permet d'évaluer de façon juste ce qu'il est raisonnable et légitime d'attendre d'un enfant, en fonction de son âge notamment.
Ainsi, un bébé de 18 mois qui touche à tout dans la maison cherche simplement à satisfaire son besoin d'explorer. Si un objet de valeur vient à être cassé, ce n'est probablement pas l'enfant qu'il faudra blâmer...
Avant 3 ans, un enfant n'est guère capable de prêter ses affaires.
Avant 7 ans, il lui sera difficile de ranger sa chambre sans aide.
Etc.

Concrètement, quand je ne sais trop comment gérer une situation avec mes enfants, je me demande assez systématiquement ce que je ressentirais à leur place et de quelle façon j'aimerais être traitée, en tant qu'être humain naturellement bon et coopératif...
Je crois aussi beaucoup à l'intérêt de laisser l'enfant découvrir (puis assumer) la conséquence naturelle de ses actes et de ses erreurs, ce dans un cadre bienveillant. Cela lui offre une excellente opportunité de réfléchir et de trouver des solutions par lui-même.

Un petit enfant qui renverse malencontreusement son verre ressent probablement de la frustration, de la colère ou de la honte, et il attend sans doute de l'adulte qu'il manifeste de l'empathie et lui montre de quelle façon il peut réparer sa maladresse.
Les sentiments désagréables qui accompagnent son geste sont une "punition" suffisante, à laquelle il semble bien inutile d'ajouter l'humiliation.
Mais si le geste est intentionnel et répété, peut-être faudra-t-il interdire pour un temps à cet enfant l'usage de verres cassables...
Si l'un de mes enfants abîme ou casse quelque chose qui lui appartient, un jouet par exemple, je me dis que c'est surtout dommage pour lui et, dans l'hypothèse où le geste était délibéré, je me garde bien d'en racheter un semblable.

Un enfant qui tape ou qui mord ressent probablement de la colère, ou bien il tente d'exprimer le fait que l'un de ses besoins n'est pas comblé.
Lorsque cela arrive chez nous, je m'éloigne avec la victime et la console. J'estime que la privation d'attention à ce moment-là est pour l'agresseur une "leçon" suffisante.
De la même façon, si je suis la victime, je n'ai, naturellement et momentanément, plus envie de m'occuper de celui ou de celle qui m'a tapée.
Dans un second temps, lorsque tout le monde est calmé, je rappelle la règle avec fermeté : "Si tu es en colère ou si tu as un problème, tu dois le dire avec des mots. Ta petite main n'est pas faite pour frapper, tu dois la retenir."
Catherine Dumonteil-Kremer raconte que lorsque l'une de ses filles (alors très jeune) mordait beaucoup, elle la "filait au train" pour l'empêcher de passer à l'acte : prévenir plutôt que sévir...

Il y aurait bien sûr une infinité d'exemples, et sans doute autant de solutions.

L'approche montessorienne exclut tout usage des punitions et des récompenses.
Dans une classe Montessori, tout est pensé pour que l'enfant parvienne à une auto-discipline, pour qu'il "se normalise" : l'environnement est préparé pour qu'il y trouve de quoi satisfaire son besoin intérieur, les règles sont simples et les mêmes pour tout le monde (ranger son activité avant d'en prendre une autre, se déplacer dans un but précis, ne pas déranger les autres enfants ni la maîtresse, chuchoter...), et bien sûr absence totale de système de notation.

Pour finir, quelques suggestions de lectures :


Jan Hunt traite de cette question dans son excellent livre La véritable nature de l'enfant - Choisir l'amour pour guide, avec notamment un article intitulé "Dix alternatives aux punitions".


Jean-Philippe Faure est formateur en Communication Non Violente. Son livre Eduquer sans punitions ni récompenses propose une approche globale de l'éducation, et plus particulièrement de l'enseignement, qui permet de sortir du schéma punitions-récompenses.


Et toujours "Ecouter pour que les enfants parlent, parler pour que les enfants" de Faber & Mazlish, qui consacre un chapitre entier à cette question : "Remplacer les punitions".

Je rajoute deux propositions d'Agnès (Cf. commentaires) :


-
Eduquer sans punir de Thomas Gordon : "très éclairant sur les différents effets des punitions et récompenses, mais aussi des compliments et critiques"


-
Sanctionner sans punir - Dire les règles pour vivre ensemble d'Elisabeth Maheu : "un livre un peu rébarbatif mais très riche, qui explore ce thème de façon très approfondie. Il pose la définition de punition, en la distinguant bien des conséquences négatives des actes, ou de la nécessité de poser une limite. Et les exemples ne cherchent pas la facilité, en parlant du quotidien difficile dans les collèges ou avec des ados. Et c'est un livre facile à prêter, car il n'est pas "angélique", dans le sens où il ne part pas du principe que les enfants sont bons, mais s'appuie sur les conséquences négatives des punitions et recherche comment les éviter."

26 novembre 2010

Un article dans "l'Enfant et la Vie" !


Il y a quelques semaines, Odile Anot, la rédactrice en chef de l'Enfant et la Vie, m'a contactée pour me dire qu'elle avait découvert et apprécié mon blog, mes photos et "mon amitié pour Montessori".

L'Enfant et la Vie, magazine à forte sensibilité montessorienne, est édité par le Centre Nascita du Nord.
Odile et toute son équipe de "parents chercheurs" ont fêté cette année leurs 40 ans de publication !
C'est Jeannette Toulemonde, auteur entre autres du livre Le quotidien avec mon enfant (l'un de mes incontournables !) et son mari Jacques qui l'ont créé, dans le but de faire connaître les besoins des enfants en s'inspirant de l'oeuvre de Maria Montessori.

J'aime ce magazine depuis des années. J'apprécie la volonté de l'équipe éditoriale de proposer une information accessible et des pistes de réflexion concrètes, ainsi que le fait qu'il soit indépendant et sans publicité.


Alors en plein bouclage du dernier cahier thématique "Aujourd'hui des enfants, demain des hommes", Odile m'a rapidement proposé d'y inclure un article sur A la douce.
Séduite par son enthousiasme, j'ai accepté avec joie !
S'en est suivi un échange comme je les aime : chaleureux, ouvert et respectueux. Et, ce matin, je découvre ce bel article en double-page : merci Odile !

Je souhaite donc la bienvenue aux lecteurs de l'Enfant et la Vie. J'espère que vous trouverez ici un peu d'inspiration et quelques idées pour vous lancer. Car ce n'est que du bonheur !

3 novembre 2010

Des méfaits de la fessée...

... et des châtiments corporels en général.

"Nous ne pouvons pas nous libérer d'un mal sans l'avoir nommé et jugé comme un mal." Alice Miller

Comme je l'ai déjà exprimé, je suis absolument contre la violence physique (et morale, mais c'est un autre sujet) envers les enfants.

J'ai la chance que mes pulsions de violence ne se retournent jamais contre les individus. Pourtant, après lecture d'assez nombreux témoignages, j'arrive à comprendre que l'on puisse "déraper" quelquefois, surtout si l'on a soi-même été "élevé à la fessée", à imaginer la culpabilité et la souffrance que cela doit engendrer.
Une fessée ou une tape "qui part", aussitôt regrettée, peut toujours être suivie d'explications et d'excuses.

Ce que je ne parviens pas à comprendre, en revanche, c'est que cette violence physique puisse être érigée en principe éducatif.
Que peut-on attendre, rationnellement, du fait de battre un autre que soi, aimant et plus faible de surcroît ? L'obéissance ? La soumission ?
Personnellement, j'ai de plus grandes ambitions, pour mes enfants, pour moi-même, et pour la nature de nos relations.

Pour achever de se convaincre des méfaits (le juste terme, d'ailleurs, serait plutôt "ravages") des châtiments corporels, j'aimerais faire un point sur ce que l'on sait aujourd'hui des conséquences de ces pratiques sur la santé et le psychisme des enfants.

Pour ce faire, je m'appuie sur les travaux d'Olivier Maurel, LE spécialiste français de la question, président de l'OVEO (Observatoire de la Violence Educative Ordinaire).

Je le cite dans son livre La Fessée, questions sur la violence éducative :


"Il y a quelques dizaines d'années, on pouvait encore avoir des doutes sur la nocivité des châtiments corporels infligés aux enfants. Ce n'est plus le cas aujourd'hui. Les recherches les plus récentes sur le fonctionnement du cerveau montrent de façon indubitable que les coups reçus par les enfants y provoquent des lésions et entravent son développement. Et le neurologue de réputation internationale Antonio R. Damasio approuve l'idée que la façon dont sont traités les enfants peut expliquer nombre de comportements aberrants et cruels propres à l'humanité et qu'on attribue bien à la légère à la "nature humaine".
L'Organisation Mondiale de la Santé a d'ailleurs pris position et rangé les châtiments corporels parmi les causes non seulement de la violence des adolescents et des adultes, mais aussi d'un grand nombre de maladies. Mais bien peu de gens ont lu ce rapport."

Pourquoi faut-il renoncer aux châtiments corporels ?

- A la naissance, le cerveau des enfants et leur système nerveux sont inachevés. Ils se construisent tout au long de l'enfance.
Le volume du cerveau augmente (à la naissance, il a le cinquième du poids de celui de l'adulte), c'est pourquoi les jointures des os de notre crâne ne se ferment définitivement qu'à l'âge adulte.
Si, pendant cette période ou une partie de cette période, l'enfant est fréquemment soumis à des stress, le développement de son cerveau peut être perturbé.

Pour un bon équilibre de la personnalité, il faut que les émotions aient pu se développer normalement et que le cerveau cognitif ait appris à les reconnaître et à les contrôler.
Or, quand le cerveau est soumis pendant son développement à des stress trop fréquents, et qui ne peuvent pas s'évacuer dans la fuite ou l'autodéfense, les capacités du cerveau sont diminuées, le développement des neurones se fait mal, et certains neurones sont même atteints de lésions.

- Dans l'immédiat, l'enfant frappé obéit souvent à l'ordre qu'il a reçu par peur des coups. Mais c'est aussi pour lui la première expérience de la lâcheté. Souvent, il recommence à la première occasion, mais en cachette : première expérience de l'hypocrisie. Enfin, il peut prendre plaisir à défier ses parents : première expérience de la provocation.

- Une claque peut perforer le tympan d'un petit enfant ou provoquer des traumatismes oculaires.
La fessée, considérée par certains comme totalement inoffensive, est en réalité dangereuse. Le nerf sciatique, le coccyx, les organes sexuels peuvent être atteints par des coups violents.
Frapper un enfant sur les mains peut aussi avoir des conséquences graves : les mains des enfants sont particulièrement vulnérables parce que les ligaments, les nerfs, les tendons et les vaisseaux sanguins sont juste sous la peau qui ne comporte aucun tissu protecteur sous-jacent. Frapper les mains des enfants très petits est spécialement dangereux pour les plaques de croissance des os qui, si elles sont endommagées, peuvent causer des déformations ou des perturbations. Frapper les mains des enfants peut aussi causer des fractures, des dislocations et, postérieurement, entraîner le développement prématuré d'ostéo-arthrite.

- Des études ont montré que l'hormone du stress, le cortisol, provoque une inhibition du système immunitaire, au moins temporairement, sans doute dans le but d'économiser l'énergie afin d'affronter en priorité la situation d'urgence immédiate, nécessité plus pressante du point de vue de la survie. Mais si le stress est intense et constant, la suppression peut devenir durable, fragilisant l'organisme.
Une étude effectuée en 1995 sur 300 jeunes accidentés de la route a montré, en plus d'une fréquence plus grande des accidents chez les enfants frappés, la fréquence de maladies plus graves que chez les autres enfants.

- De nombreuses études montrent que lorsqu'un jeune manifeste une grande violence, il faut rechercher les antécédents de violence subie. On a constaté une forte liaison entre toutes les formes de violence (sur soi, sur autrui et subie).

Frapper un enfant, c'est lui ouvrir, large comme une autoroute, la voie de la violence et lui rendre difficile la voie du respect des autres.

Quelle que soit la force du coup reçu, la leçon qu'il donne à l'enfant est la même : en cas de conflit, la violence est une réponse normale, y compris à l'égard d'un être plus petit que soi.

- Les enfants frappés, blessés dans leurs émotions, sont contraints à un durcissement, un blindage. Rien d'étonnant à ce que certains d'entre eux aient perdu une grande partie de leur capacité naturelle de compassion.

- De nombreuses personnes deviennent masochistes à la suite de fessées reçues dans leur enfance, c'est-à-dire incapables d'éprouver un plaisir sexuel sans qu'il soit lié à une fessée réelle ou fantasmée. Il ne faut pas s'étonner, compte tenu du nombre d'enfants fessés, qu'il y ait sur internet tant de sites érotiques pour amateurs de fessées.
La fessée est un abus sexuel. Il serait temps qu'en prennent conscience tous ceux qui ont tendance à dire qu'"une bonne fessée n'a jamais fait de mal à personne".

- Les enfants qui ont été frappés ne considèrent pas que leur corps leur appartienne. Les coups les habituent à l'idée d'accepter que les adultes ont un pouvoir absolu sur leur corps, y compris le droit de leur faire mal.
Les fessées les convainquent d'autre part que les zones sexuelles sont soumises à la volonté des adultes. Il est peu probable que l'enfant qui se résigne à être battu le lundi ose dire "non" à un violeur le mardi. Les adultes qui ont été abusés ou exploités sexuellement le savent. Ils cherchent leurs victimes potentielles parmi les enfants à qui on a enseigné "si tu n'obéis pas, tu vas voir ce qui va t'arriver", parce que ce sont les cibles les plus faciles.

- Toutes les victimes ne deviennent pas bourreaux. Mais tous les bourreaux ont été victimes.

- Commencer à frapper un enfant, même légèrement, c'est pour la personne qui frappe, mettre en place dans son propre cerveau un automatisme qui risque de devenir la réponse privilégiée à tout conflit avec l'enfant. La dynamique de la violence est celle de l'escalade. Et nul ne peut savoir jusqu'où il pourra être entraîné par sa propre violence.
Une étude réalisée en Ontario montre que, sur 10000 cas de mauvais traitements, presque tous ont commencé par des corrections "raisonnables".

En guise de conclusion :

"Une des pires conséquences des punitions corporelles, c'est qu'arrivé à l'adolescence ou à l'âge adulte, chacun les considère comme sans importance et les prend en dérision.
Il n'y a qu'un regard vrai sur les châtiments corporels : celui des enfants qu'ils terrifient."

15 octobre 2010

Faber & Mazlish

Nous étions cet après-midi à l'Abord'âge - le café des enfants de Nantes, un café associatif que je vous recommande chaudement !

Les enfants ont pu jouer (entre eux et en compagnie de Noémi, l'animatrice des lieux) pendant que je participais, avec une vingtaine d'autres parents, à un débat animé par Isabelle de l'association Petites Graines sur le thème de la "méthode Faber & Mazlish".

Adele Faber et Elaine Mazlish, deux mères de famille américaines, ont repris dans leurs livres les principes de communication avec les enfants que leur a enseignés Haim Ginott.

Leurs ouvrages sont à la fois clairs et très riches.
J'ai besoin de les relire régulièrement pour me réimprégner de certaines subtilités, et je suis à chaque fois étonnée de la profondeur et de l'intelligence de leurs propos.

Elles y expliquent comment acquérir un certain nombre d'"habiletés" (traduction forcément imparfaite du terme anglais "skills"), clés d'une relation harmonieuse, forcément respectueuse, avec les enfants.


Parler pour que les enfants écoutent, écouter pour que les enfants parlent

Parler pour que les enfants apprennent, à la maison et à l'école

Parler aux ados pour qu'ils écoutent, les écouter pour qu'ils parlent

Parents épanouis, enfants épanouis

Jalousies et rivalités entre frères et soeurs


Voici quelques-unes de leurs idées, largement développées dans le premier livre :

Aider les enfants aux prises avec leurs sentiments

Les enfants ont besoin qu'on accueille et qu'on respecte leurs sentiments

1. Vous pouvez écouter en silence et avec attention

2. Vous pouvez accueillir leurs sentiments à l'aide d'un mot : "Oh !", "Hum...", "Je vois"

3. Vous pouvez nommer le sentiment : "Ca a l'air énervant"

4. Vous pouvez utiliser l'imaginaire pour leur offrir ce qu'ils souhaitent : "J'aimerais pouvoir faire mûrir la banane pour toi tout de suite"

On peut accueillir tous les sentiments. On doit limiter certaines actions : "Je vois combien tu es fâché contre ton frère. Dis-le lui avec des mots, pas avec tes poings"

Pour susciter la coopération d'un enfant

a. Décrivez ce que vous voyez ou décrivez le problème : "Il y a une serviette humide sur le lit"

b. Donnez des renseignements : "La serviette mouille ma couverture"

c. Dites-le en un mot : "La serviette !"

d. Décrivez ce que vous ressentez : "Je n'aime pas dormir dans un lit humide !"

e. Ecrivez une note (au-dessus du porte-serviettes) : "S'il te plaît, replace-moi ici pour que je puisse sécher. Merci ! Ta serviette !"

Au lieu de punir

1. Exprimez vos sentiments avec vigueur sans attaquer la personnalité de l'enfant : "Je suis furieux de voir qu'on a laissé ma nouvelle scie dehors à rouiller sous la pluie !"

2. Exprimez vos attentes : "Je m'attends à ce qu'on rapporte les outils qu'on m'a empruntés"

3. Montrez à l'enfant comment redresser la situation : "Cette scie a maintenant grand besoin d'un peu de laine d'acier et de beaucoup d'huile de coude"

4. Offrez un choix à l'enfant : "Tu peux emprunter mes outils et les rapporter ou bien tu peux abandonner le privilège de t'en servir. A toi de choisir"

5. Passez à l'action :
L'enfant : "Pourquoi le cadenas sur la boîte à outils ?"
Le parent : "Dis-moi pourquoi"

6. Utilisez la résolution de problème : "Que pouvons-nous faire pour que tu puisses utiliser mes outils, et pour que je sois certain de les retrouver quand j'en ai besoin ?"

Pour encourager l'autonomie

1. Offrez des choix : "Veux-tu mettre ton pantalon gris ou ton pantalon rouge ?"

2. Montrez à l'enfant que vous respectez ses efforts : "Ca peut être difficile d'ouvrir un pot. C'est parfois utile de taper le côté du couvercle avec une cuillère"

3. Ne posez pas trop de questions

4. Ne vous pressez pas de répondre aux questions : "C'est une question intéressante. Qu'en penses-tu ?"

5. Encouragez l'enfant à utiliser des ressources à l'extérieur du foyer : "Le propriétaire de l'animalerie aurait peut-être une suggestion"

6. Ne supprimez pas l'espoir : "Tu veux tenter ta chance dans la pièce de théâtre ? Ce devrait être une sacrée expérience !"

Pour vos longues soirées d'hiver...

20 août 2010

Débuter en Montessori, à la maison #1

Un certain nombre d'entre vous, parents de très jeunes enfants séduits par la pédagogie Montessori et souhaitant l'appliquer à la maison, me demande par où et par quoi commencer.
Je vais essayer de vous donner quelques "conseils", du haut de ma toute jeune expérience.

Petit préambule...
Mes propos étant le reflet de mon interprétation de ce que j'ai pu lire ou entendre, il est évident qu'ils n'engagent que moi (toutefois, j'ai la faiblesse de penser qu'ils sont aussi, souvent, le reflet d'un certain bon sens !).
Je n'ai pas, non plus, la prétention de l'exhaustivité...

Je vous ai déjà parlé, très brièvement, de ce qu'est pour moi la philosophie Montessori. Concernant les fondements théoriques et pédagogiques, je vous renvoie à la source, c'est à dire aux ouvrages de Maria Montessori !
Je m'attache, ici, à la dimension pratique de la méthode.

A mon avis, la direction à prendre s'articule autour de 3 axes : préparer un environnement qui offre à l'enfant un maximum d'autonomie, ajuster sa propre attitude d'éducateur et, enfin, proposer des activités adaptées à l'enfant et à son niveau de développement.

PREPARATION DE L'ENVIRONNEMENT

La première chose, fondamentale, est de respecter la volonté qu'ont très tôt les enfants de faire par eux-mêmes, et de les y aider en adaptant l'ambiance, l'environnement autour d'eux.

Ainsi, un enfant doit pouvoir être indépendant pour...

Se lever et se coucher :

Il est recommandé d'installer un lit à même le sol (par exemple un matelas posé sur un sommier sans pied, pour qu'il "respire"), ou bien un futon.

S'habiller :

Les étagères et penderies où sont rangés les habits de l'enfant doivent lui être facilement accessibles. Il peut être intéressant de rajouter des photos du type de vêtements, au niveau des portes ou tiroirs, pour que l'enfant sache où chercher.

Il est préférable de mettre très peu de vêtements à la disposition de l'enfant (2 ou 3 de chaque sorte).

Il faut aussi penser à aménager l'entrée de la maison, pour que l'enfant puisse y ranger son manteau, ses accessoires (gants, écharpe, bonnet ou chapeau, lunettes...), et ses chaussures.

Se laver les mains / les dents / le visage :

Tout le nécessaire (savon, brosse à dents, dentifrice, gobelet, essuie-mains... + un miroir) doit être bien accessible à l'enfant, et rangé à proximité d'un point d'eau.

Se coiffer :

De la même façon, on peut installer une petite table ou une tablette (très basse) avec brosse à cheveux et/ou peigne et/ou accessoires (barettes, élastiques...) + un miroir, dans la salle de bains ou la chambre de l'enfant.

Concernant les jouets...

Ce qui "fonctionne" le mieux est d'en disposer peu (entre 5 et 10, peut-être moins, selon l'âge de l'enfant) sur des étagères basses et ouvertes, et de les changer régulièrement (par exemple tous les mois), en organisant une rotation.
Là encore il peut être intéressant, et structurant pour l'enfant, de coller une photo de chaque jouet à l'endroit précis où il se range.

De tels aménagements visent à favoriser l'indépendance et l'autonomie de l'enfant, bien sûr, mais aussi à respecter sa période sensible de l'ordre, très forte durant les premières années.

Vous pouvez voir les photos de quelques aménagements chez nous : ici.

Le quotidien avec mon enfant - Un environnement adapté aux jeunes enfants de Jeannette Toulemonde, dont je vous ai déjà parlé, traite admirablement de cette question.

Vous trouverez aussi de jolies photos dans le livre Eveiller, épanouir, encourager son enfant - La pédagogie Montessori à la maison de Tim Seldin :


A suivre : "Attitude de l'éducateur" et "Proposition d'activités"...

8 août 2010

Le sommeil partagé


"Je suis allongée de côté, pointes de sein tendues vers le bébé. Il se sert, lové sur mon bras. Claquements de langue, bruits mouillés, fil de salive sur l'oreiller. Sous le drap, le terrier : trois mammifères." Marie Darrieussecq, Le bébé.

Alexandre dort dans notre chambre depuis sa naissance.
Son matelas et le nôtre sont posés au sol, l'un contre l'autre.

Comme il tète toujours beaucoup la nuit, cette situation me préserve d'une trop grande fatigue. S'il est tout contre moi, je suis capable de l'allaiter sans même me réveiller ! Dans les autres cas, je me rendors immédiatement, mon sommeil étant protégé par le fait que je ne quitte pas la position allongée (et par les hormones).

Cette situation est parfaitement souhaitée et assumée, par son père et par moi... Garder notre bébé près de nous, le jour et la nuit, correspond à notre vision du "parentage".

Lorsque nous le sentirons prêt à être sevré de nuit (pour Emma, ce fut le cas à 17 mois), et sous réserve qu'elle soit d'accord à ce moment-là, nous passerons son lit dans la chambre de sa grande soeur.

Catherine Piraud-Rouet, dans son livre Planète Maternage, liste les bienfaits du co-sleeping :

- Donner à l'enfant un sentiment de sécurité
- Un meilleur repos pour tous
- Le plaisir et la confiance induits par la proximité intense parent-enfant
- Un allaitement facilité
- Une adaptation rapide à tous les changements de la vie quotidienne
- Loin d'être un danger, un gage de sécurité accrue pour le bébé
- A long terme, les enfants du co-sleeping sont mieux dans leur peau que la moyenne

Pour en apprendre plus sur le sommeil partagé (et, éventuellement, vous déculpabiliser !), je vous conseille deux ouvrages excellents :


- Partager le sommeil de son enfant de Claude-Suzanne Didierjean-Jouveau


- Dormir avec son bébé de Nathalie Roques

Le site de Nathalie Roques, cododo.free, est le plus complet sur le sujet (en français).

L'un de mes sites de référence, maternage.free, en parle aussi longuement : ici.

Enfin, si vous êtes anglophone, vous pouvez consulter le site présentant les recherches scientifiques de James McKenna, LE spécialiste mondial du co-sleeping.

Pour finir, un document à consulter absolument pour la sécurité de votre bébé : Partager un lit avec votre bébé.

Bonne nuit à tous !

2 juillet 2010

Mon trio d'incontournables

Je suis une lectrice passionnée... Sur les thèmes du maternage proximal, de l'éducation non-violente et de la pédagogie Montessori, ma bibliothèque est plus que fournie !
Et parmi tous ces livres, voici les trois ouvrages auxquels je reviens toujours.


Parler pour que les enfants écoutent, Ecouter pour que les enfants parlent de Adele Faber & Elaine Mazlish :

C'est un livre-ressource ! Très concret, pratique, et clair, il donne des clés pour avancer sur le chemin de la communication non-violente et d'une relation apaisée entre parents et enfants. Il ne s'agit pas d'une "méthode", mais plutôt de conseils, de petits trucs à méditer, puis à appliquer au quotidien (s'ils nous parlent bien sûr !).


Elever son enfant... autrement de Catherine Dumonteil-Kremer :

Voilà un livre qui m'a ouvert beaucoup de portes. Les thèmes abordés (de la grossesse à l'instruction) sont traités par l'auteur avec beaucoup d'honnêteté et de liberté, ce que je trouve rare. Je reviens souvent y puiser un peu d'inspiration, ou de motivation ! Ce livre m'a souvent redonné confiance en moi, il est un bon compagnon.


Le quotidien avec mon enfant, Un environnement adapté aux jeunes enfants de Jeannette Toulemonde :

Je vous ai déjà parlé de ce livre ICI, car il est celui qui m'a le plus aidée pour l'aménagement de notre maison. "Inspiré par la pensée et l'expérience de Maria Montessori", cet ouvrage est un plaidoyer pour le respect des enfants. D'une écriture très simple, directe et plaisante, sa portée me semble toutefois assez énorme.

Bonne lecture !

17 juin 2010

Jusqu'au sevrage naturel


Lorsque nous attendions Emma, j'avais très peu de certitudes. Je souhaitais l'allaiter, si j'en étais capable, mais c'était à peu près tout.
J'ai eu énormément de chance, mon allaitement s'est mis en place naturellement, Emma tétait bien, beaucoup, je n'ai jamais eu aucune douleur.
Rapidement, les tétées sont devenues essentielles à notre relation. Aussi importantes pour elle que pour moi, je crois.
J'ai su alors que je ne la sèvrerais pas.
Enceinte d'Alexandre, les tétées sont parfois devenues pénibles pour moi. Puis je n'ai plus eu de lait. Emma a continué à téter allégrement ! J'ai parfois douté mais, au fond de moi, je souhaitais vraiment continuer.
Mes enfants sont co-allaités, frère et soeur de lait.
Emma tète en moyenne une fois par jour, nous pratiquons un allaitement "à l'amiable".
Je ne sais quand cela va s'arrêter (le sevrage naturel chez l'Homme intervient entre 2 ans 1/2 et 7 ans), mais je ne suis pas pressée.

Si vous souhaitez allaiter, je vous conseille de lire un très bon ouvrage sur le sujet, idéalement pendant la grossesse. Par exemple : L'allaitement du docteur Marie Thirion, ou L'art de l'allaitement maternel de La Leche League.

Un site de référence où vous trouverez, entre autres, les coordonnées d'animatrices et de consultantes en lactation près de chez vous : La Leche League

Quelques liens intéressants :
Allaiter plus de 6 mois
Anatomie, physiologie de l'allaitement
Avantages de l'allaitement
Confiance en soi
Grossesse et allaitement, co-allaitement
Manque de lait
Naissance et première tétée
Premiers jours de l'allaitement
Sevrage
Soutien à l'allaitement
Travail et allaitement

Un forum d'entraide et de soutien autour de l'allaitement, entre mamans (dont certaines très "pros")

En écrivant ce billet j'ai une pensée très forte pour toutes les mamans qui souhaitaient allaiter et qui, pour quelque raison que ce soit, n'ont pu le faire.

10 juin 2010

La violence éducative


"Pourquoi appelle-t-on cruauté le fait de frapper un animal, agression le fait de frapper un adulte et éducation le fait de frapper un enfant ?"

Nous ne donnons ni tapes, ni claques, ni fessées à nos enfants. C'est vraiment une ligne de conduite pour nous, cependant nous sommes conscients que tout le monde peut déraper un jour ou l'autre.

Ce qui m'aide, pour ma part, c'est tout d'abord la conviction que les châtiments corporels sont néfastes pour l'enfant, sur les plans physiologique, neurologique, psychologique (ce qui est parfaitement démontré aujourd'hui) et de surcroît totalement inefficaces.
Ensuite, le fait de ne pas avoir été frappée dans mon enfance me permet d'échapper au conditionnement de la "tape-réflexe", celle qui part "toute seule". Je le tiens pour une très grande chance.
Enfin, j'ai appris à reconnaître quand mes limites sont atteintes, même si c'est encore difficile parfois. Lorsque cela arrive, je m'isole un moment, ou je passe le relais au papa des enfants s'il est présent.

L'une des choses que nous souhaitons que nos enfants intègrent le plus tôt possible, et sans ambiguïté aucune, c'est le respect dû à leur corps. Que nul n'a le droit de leur faire mal, ni même de les toucher s'ils n'en ont pas envie.
La réciproque est vraie. Nous leur apprenons à ne pas taper, à ne pas faire mal. Et aussi à respecter le corps de l'autre : un bisou, un câlin, cela se partage mais ne s'impose jamais.
Comment leur faire accepter, leur faire ressentir cela en les tapant nous-mêmes ? Ou en les obligeant à donner ou à recevoir une marque d'affection ? ("Allez, fais un bisou à ta mamie !")

Sur ce thème de la violence éducative, les travaux d'Alice Miller sont une référence.
Olivier Maurel, quant à lui, traite de la violence éducative ordinaire. Il me semble que tout parent ou éducateur devrait avoir lu (au moins l'un de) ses livres, dont La Fessée, questions sur la violence éducative et, plus récemment, Oui, la nature humaine est bonne ! Comment la violence éducative ordinaire la pervertit depuis des millénaires, sans doute le travail de recherche le plus complet à ce jour.

Un site ressource : Ni fessées ni tapes

La plaquette de La Maison de L'Enfant pour la journée de la non violence éducative (Catherine Dumonteil-Kremer) : Sans fessée comment faire ?

Un forum de discussion, d'entraide et de soutien : Education non-violente

J'espère vous parler très bientôt de solutions alternatives et créatives !

8 juin 2010

Maria Montessori


"Nul ne peut accomplir pour l'enfant le travail intense qui consiste à construire l'homme." Maria Montessori

Je n'aurais certainement pas la prétention de rédiger sa biographie, encore moins de résumer sa méthode. Si cela vous intéresse, vous trouverez des éléments ici, c'est à la fois succinct et plutôt complet.

Maria Montessori, première femme médecin psychiatre italien, et immense pédagogue.

J'aimerais vous dire ce que j'ai retenu (et qui m'a profondément marquée) de ses travaux, et de sa pédagogie qui est bien plus que cela à mes yeux : une philosophie.

L'enfant porte en lui tous les germes de sa propre croissance. Il n'a nul besoin d'être dressé, cadré ou formaté.

La juste place de l'adulte est à côté de l'enfant. Il est un accompagnateur, un observateur bienveillant.

L'ambiance est primordiale. Elle est à la base de l'état de concentration nécessaire à tout apprentissage.

L'enfant a un "esprit absorbant".
Il doit évoluer au contact la vie réelle, et trouver ainsi naturellement sa place.

L'autonomie de l'enfant est le but à atteindre : "aide-moi à faire seul".

Un enfant doit être libre de choisir son activité, et sa concentration toujours respectée.

Certaines périodes, dites sensibles, sont particulièrement propices à certains apprentissages. L'enfant doit trouver autour de lui la matière pour exercer cette sensibilité particulière, à ce moment particulier.
Lorsque la période sensible est passée, l'apprentissage devient plus laborieux.

Pour finir, je vous suggère deux lectures :

- L'enfant, qui reprend ses principales idées

- Pédagogie scientifique tome 1: la maison des enfants (3-6 ans) et tome 2 : éducation élémentaire (6-12 ans), pour entrer dans le détail du matériel et de la méthode